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 Paint Me Black {Ezriel}

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MessageSujet: Paint Me Black {Ezriel}   Sam 22 Juil - 23:30


Paint Me Black
Ezra & Gabriel


Il n’aimait pas la pluie. Il l’avait toujours détestée. Il détestait le bruit qu’elle faisait quand elle s’abattait sur les carreaux ou quand elle résonnait sur les toits. Genosha avait cet avantage qu’il ne pleuvait pas souvent. Sauf aujourd’hui. Les gouttes s’écrasaient sur le velux. Une par une, sans s’arrêter. A un autre moment, il s’en serait probablement agacé et aurait fini par mettre une musique pour couvrir ce bruit. Mais dans l’appartement, il n’y avait que le silence et le bruit de la pluie. Rien de plus. Ce même silence qu’il n’avait pas quitté depuis la tragédie qui avait chamboulé le semblant de paix qu’il avait trouvé avec Cindy. Le creux béant dans sa poitrine que rien n’arrivait à reboucher. Qui se creusait encore et encore au fil des jours qui passaient. Il y avait toujours un évènement pour l’agrandir davantage. Quand il se pensait à l’abri, quelque chose arrivait. La vie continuait, c’était ainsi. On ne pouvait pas se laisser abattre. C’était comme ça. Affronter les tempêtes, les unes après les autres en espérant en sortir indemne. Le problème… le vrai problème, c’était que les tempêtes étaient trop proches les unes des autres. Et qu’il ne s’en sortait pas indemne.

Son téléphone était éteint depuis deux jours. Il n’avait plus de batterie et Gabriel n’avait pas quitté sa place pour le recharger. Il n’avait pas vraiment bougé, en fait. La petite margelle sous le velux sur laquelle il avait pour habitude de s’installer quand il bossait sur un dossier épineux avait été son perchoir. Il ne s’était même pas rendu compte qu’il pleuvait, ayant perdu toute notion du temps, occupé comme il l’était à allumer et éteindre inlassablement son briquet dans un geste quasi mécanique. L’idée de s’allumer une cigarette ne lui avait même pas traversé l’esprit. Il avait simplement voulu se vider la tête, apaiser toutes les émotions violentes qui se bousculaient en lui et qui lui donnait l’impression de perdre la tête. Enfin. C’était plus qu’une impression. Il perdait la tête. Clairement, arrêter de voir le psy chez lequel Maritza l’avait trainé de force n’était pas la meilleure des idées. Mais il ne voulait plus laisser personne lui bourrer les crânes avec ces conneries de stress post-traumatique. Il en avait assez d’entendre la même rengaine. Ouais, il avait vécu une expérience traumatisante, et alors ? On s’en relevait. On se relevait de ça. La vérité, c’était qu’il avait cessé d’y aller quand on l’avait forcé à remonter à plus loin. L’obligeant à explorer des vieux souvenirs enfouis qu’il ne voulait pas voir ressurgir. Ces flashs d’une autre époque, d’une vie qu’il ne lui semblait pas avoir vécu. Depuis combien de temps c’était là et pourquoi ça ne ressurgissait que maintenant ? Il ne voulait pas le savoir. Il ne voulait tellement pas le savoir qu’il s’était barré de ce putain de bureau en claquant la porte derrière lui et refusant d’y refoutre ne serait-ce qu’un pied. Et ça, c’était juste avant la fausse couche de Cindy.

Il devait se rendre à l’évidence. Il ne pouvait plus endurer tout ça. Trop d’évènements en très peu de temps. Faire bonne figure devenait de plus en plus difficile. Ces flashs survenaient à n’importe quel moment, s’entremêlant avec les évènements du Pegasus et la vision de Cindy en larme dans ce lit d’hôpital. Des images rapides, qui ne lui laissaient aucun répit, au point qu’il n’arrive plus à dissocier le vrai du faux, ce qui appartenait à son présent et ce qui appartenait à son passé. Il voulait que ça s’arrête mais il ne savait pas comment faire. Et c’était dans ce genre de situation qu’il se coupait du reste du monde. S’enfermant dans la solitude, comme il l’avait toujours fait. En général, quand ça arrivait, Ezra débarquait au triple galop. Mais pas cette fois, parce que Gabriel ne voulait pas que son meilleur ami se préoccupe de lui. Il avait déjà assez à faire comme ça. Il ne voulait pas devenir une responsabilité sur le tas qu’Ezra se traînait à bout de bras.

Une question revenait sans cesse. A quel moment avait-il perdu le contrôle de sa vie ? A quel moment tout était devenu cet immense merdier dans lequel il s’enlisait aussi sûrement que s’il avait mis les pieds dans des sables mouvants ? Serait-il là, à contempler cette minuscule flamme qui apparaissait quand il allumait son zippo pour l’éteindre au bout de quelques secondes si le Pegasus n’était pas arrivé et si Cindy n’avait pas perdu son bébé ? Leur bébé. Comment on faisait le deuil d’un enfant dont on ignorait l’existence avant qu’il ne cesse d’exister, justement ? Un nouveau claquement, une nouvelle flamme. L’envie d’hurler. De hurler comme jamais il ne l’avait fait. Ces émotions qui se battaient dans son être et qui se livraient une guerre sans merci. Il perdait le contrôle.  Il laissa tomber le briquet sans grande conviction pour regarder à l’extérieur. L’objet tinta en touchant la margelle, rebondit avant de toucher le sol et cessa sa course. La pluie continuer de tambouriner sur la vitre. Il voulait juste que ça s’arrête. Il ferma un instant les yeux et laissa sa tête retomber contre la vitre. Il devrait bien quitter sa place un jour ou l’autre. Reprendre le cours de sa vie, vivre le plus normalement possible avec son coeur en mille morceaux.

Un bruit le fit redresser la tête et tourner ses yeux marrons en direction de la porte d’entrée. Il s’attendait à y trouver Maritza, sans doute furieuse de son silence. A la place, il découvrit Ezra, en plein milieu du couloir. Il manqua de se mordre la lèvre en le voyant. Ce qu’il voulait précisément éviter. Il savait pourtant que ça arriverait. C’était Ezra. Ezra Andrews, son ancre. Son pilier. Il déglutit. Il n’arrivait même pas à sourire face à la présence rassurante de son meilleur ami. Plus la force de faire semblant d’aller bien quand son monde s’effritait. Même pour Ezra. Pourtant, il devait le faire. Un sourire s'étira sur ses lèvres lorsqu'il lâcha enfin un « Hey. »
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MessageSujet: Re: Paint Me Black {Ezriel}   Ven 28 Juil - 14:22

Un jour passe, puis deux et Ezra se décide enfin à appeler, jugeant qu'il a attendu assez longtemps pour pouvoir définitivement s'inquiéter. Quelques instants plus tard, il raccroche le téléphone et se mordille les lèvres, ajoutant un nouveau trait d’inquiétude à tous ceux, de fatigue, de tristesse et d'anxiété, qui déforment déjà son visage. Ca fait deux jours qu'il ne lui répond pas. Gabriel tape des phases comme ça parfois et Ezra sait que ca ne veut rien dire de bon. Son meilleur ami fait ca quand la vie ne lui en laisse plus le choix. Quand il a besoin de digérer les choses. Seul. Sauf qu'en général, le blond le met dans la confidence et ce depuis toujours. Ils se connaissent depuis leur plus tendre enfance et ont vécu des traumatismes similaires. C'est peut être pour ça que Gabriel est si important pour lui d'ailleurs. Lui, il le comprend réellement et vice versa. Il ne sait pas comment il doit prendre le silence de son ami et, pour cette grande première, Ezra a dû improviser et, surtout, il a dû recourir aux grands moyens. Il a appelé Maritza. Oui. Carrément. La géniale, intense et -il faut le dire- un peu folle maman poule adoptive de Gabriel. Cette dernière s'inquiète au même titre que lui pour le blond et n'en sait pas plus que lui sur le pourquoi du comment du silence imposé par Gabriel. Après un rapide échange, ils se mettent d'accord et raccrochent chacun de leurs côtés. Ezra glisse son portable dans la poche de son bermuda teinté, de-ci de-là, de peinture. Son visage se tourne vers la fenêtre où viennent s'échouer les gouttes de cette pluie qui berce la journée. Il adore entendre le bruit qu'elles font contre les vitres, ce petit tintement qui se renouvelle sans cesse sans jamais enchaîner les mêmes accords. Ca a un effet calmant sur ses nerfs souvent en pelote. Mais ce jour-là, il a besoin de bien plus pour atteindre une certaine sérénité.

Il a peur de ne pas arriver à aider Gabriel. Lui même se sent au plus bas. Ca fait déjà trois semaines qu'il ne met plus les pieds au travail, qu'il ne va plus aux différents vernissages de l'île, ni aux autres événements mondains et artistiques. Il erre dans cette maison. La hante. Tel le fantôme qu'il est devenu. Celui qu'il était déjà quelques années plus tôt, avant qu'il ne se prenne à vouloir vivre pour lui. Il peint sans cesse et se perd dans les couleurs et les formes, réelles ou abstraites, qui sortent de son imagination sans fin. Tout le reste lui semble presque vain. Tout le reste est définitivement sans saveur. Le présent n'a aucun avenir. Pas sans elle. Il n'y a que pour les proches qu'il lui reste qu'il fait l'effort de reprendre forme humaine. Il donne signe de vie, de quoi ne pas les inquiéter, en grande partie parce qu'il ne veut pas affronter une nouvelle fois l'air de pitié qu'ils prennent quand ils le regardent. Pour les mêmes raisons, il n'a parlé de leur rupture à personne et encore moins à Gabriel. Ce dernier a tellement d'autres soucis, bien plus grands, que le Andrews préfère ne rien dire, pour l'instant tout du moins. Vu son silence des derniers jours, Ezra a sûrement bien fait d'ailleurs. Il soupire lourdement. Ca lui permet d'évacuer ses propres malheurs pour se concentrer sur Gabriel. Ezra s'avance dans l'entrée de la maison, attrape ses clés de voiture et part en direction d'Hammer Bay.

Il trouve une place juste devant l'immeuble où vit son meilleur ami et se lance dans une manœuvre faite en deux deux. La pluie continue de s'écraser au sol, si bien qu'Ezra remonte la capuche de son hoodie, lui aussi parsemé de peinture, sur le haut de sa tête avant de sortir pour filer dans le hall. Il connaît le code d'accès par cœur et s'engouffre ensuite dans l’ascenseur qui le hissera jusqu'aux hauteurs. Arrivé au dernier étage, Ezra se dirige directement vers l'appartement de Gabriel. Il s'arrête alors  soudainement devant la porte et hésite deux secondes à frapper avant d'entrer. Le brun regarde la poignet qui l'appelle presque, lui confirmant presque que Gabriel ferait sûrement le mort si il toquait quelques coups contre le bois. Ezra cède finalement et ouvre la porte directement avant de s'engouffrer dans l'antre de tristesse de Gabriel. Il n'y a aucun son dans l'appartement. Seuls les gouttes qui s'abattent sur le velux résonnent dans l'air ambiant. Ca a quelque chose de lugubre et de mélancolique. Instinctivement, il se dirige au bon endroit et trouve Gabriel du premier coup. Ce dernier n'a pas l'air en forme, encore moins que les dernières fois où il l'a vu. Ezra comprend totalement. Le Pegasus, la quarantaine et puis, sortie de nulle part, la perte de cet enfant dont personne ne connaissait l'existence. Cette dernière est d'autant plus violente qu'il n'y a aucun tiers à blâmer. Lui, au moins, peut en vouloir à Hydra alors que Gabriel n'a aucun coupable. Ca paraît presque gratuit de la part du destin. Si seulement Cindy et lui avaient simplement su, ce drame ne serait jamais arrivé. La vie ne tient qu'à peu au final, et la mort aussi.

Gabriel tourne la tête vers lui, le remarque et semble presqu'hésiter avant de finalement afficher un sourire qui sonne terriblement faux. Pourtant, il devrait savoir qu'avec lui, il peut se permettre d'être sincère. Et pourtant, il feint d'aller bien en lançant un « Hey. » qui ne suffit pas à convaincre Ezra. Ce dernier n'a, lui, pas le courage et encore moins l'envie, de jouer cette comédie qu'ils s'imposent pourtant depuis des mois, et ce à cause de lui d'ailleurs, parce qu'il avait eu besoin de ça. Mais le Andrews ne veut pas se voiler la face concernant Gabriel. Ce dernier est trop important pour lui pour que le peintre se laisser aller à cette facilité. Son visage laisse donc transparaître son inquiétude mais aussi cette envie de parler réellement des choses et son « Hey. » à lui contraste avec celui du blond. Ezra ne le perd pas du regard alors qu'il reste, immobile, vers l'entrée de la pièce. Il ne sait pas trop quoi dire et n'y a, à vrai dire, pas réfléchi plus que ca. Il ne veut pas forcer Gabriel à partager son mal avec lui si il n'en a pas envie, mais tient tout de même à s'assurer qu'il ne fait tout de même pas de conneries irrémédiables. Ezra lève la main vers sa capuche qu'il a oublié d'enlever un peu plus tôt et la laisse tomber en arrière. Il en profite pour passer sa main dans ses cheveux trop long, les ramenant en arrière au passage, signe que la situation le travaille. « J'ai dit à Maritza que je passais, elle était prête à débouler quand elle a su que même moi je n'avais pas de nouvelles de toi. » Ca pourrait presque sonner comme un reproche et, au fond, c'est peut être le cas. Parce que ça l'a un peu blesser que Gabriel le repousse lui aussi. A croire que personne n'a plus besoin de lui. A croire qu'être un fantôme lui suffit.

Il regarde son meilleur ami, prêt à lui demander si ca va et, pourtant, cette question, il ne la formulera pas. Il sait très bien quelle en est la réponse. Gabriel a l'air tout aussi fantomatique que lui. Il porte le malheur sur son visage. Son sourire n'est qu'un rictus qui souligne sa tristesse. Et comment ça pourrait en être autrement d'ailleurs ? Comment pourrait-il encore être debout malgré tout ? Pourtant, Ezra ne sait pas tout ce qu'il se passe dans la tête du blond. Il n'en soupçonne pas le moins du monde la folie. Il ne se doute pas une seconde qu'il ne peut pas complètement comprendre la détresse de Gabriel. Le peintre regarde autour de lui pendant que le silence s'installe entre eux. Il ne sait pas trop ce qu'il cherche du regard . Peut être quelque chose qui ferait sortir l'appartement de son contexte habituel. Parce que cette période de sa vie est toute particulière, c'est certain. Ezra finit par s'avancer vers le blond et s'installe à côté de lui sans un mot. Quelques secondes passent encore avant qu'il tourne la tête vers Gabriel et de laisser son côté papa poule ressortir. Il ne lui demandera pas si il va bien, mais peut au moins s'assurer qu'il ne se laisse pas dépérir de tristesse. « T'as mangé quelque chose au moins ? » Il est prêt à parier que non.

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MessageSujet: Re: Paint Me Black {Ezriel}   Mar 22 Aoû - 19:14


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Ce n’était pas la première fois qu’il restait seul avec les pensées qui lui parcouraient la tête. Il n’en était pas à son coup d’essai. Il l’avait déjà fait et la seule différence avec les fois d’avant, c’était qu’il n’avait pas mis Ezra dans la confidence. Il avait simplement coupé son téléphone, s’était installé et n’avait pas bougé.
Trop. C’était trop.
Son monde s’effondrait. Ses barrières s’effritaient une à une alors qu’il sentait la folie gagner du terrain et s’emparer de lui. Ces flashs qui fourmillaient, cette sensation d’être étranger à cet univers. Le vrai, le faux, le jour, la nuit… Plus rien n’était à sa place. Ça le rongeait de l’intérieur, comme un poison. C’était ça, perdre la tête ? Ne plus savoir qui on était ? Ne plus différencier la réalité d’une hallucination ? Gabriel n’avait jamais été doué pour gérer ses émotions quand elles devenaient trop intenses. Et avec tout ce qui lui arrivait, la moindre contrariété pouvait se transformer en crise de colère. Tout était multiplié par dix. Pour quelqu’un qui avait besoin de sentir une situation sous contrôle pour ne pas partir en roue libre, c’était insupportable. Et il ne voulait que personne ne le voit dans cet état. Pas même Ezra, qui avait déjà bien assez à gérer pour devoir en plus se préoccuper de lui.

Mais à croire que le silence radio n’empêchait pas son meilleur ami de débarquer chez lui.  Bien sûr. Il aurait dû parier. C’était Ezra. Il était toujours là pour accourir quand Gabriel se refermait sur lui-même.  Même quand ce dernier ne donnait pas de nouvelles exprès. En fin de compte, il aurait peut-être dû avertir Ezra pour éviter qu’il ne rapplique dans son appartement et le voit ainsi. Gabriel ne savait plus où se mettre. Il détestait laisser entrevoir ne serait-ce qu’un semblant de sa douleur à qui que ce soit et encore plus quand c’était Ezra alors qu’il était la personne qui le connaissait le mieux. Par fierté, pour commencer. Mais aussi parce que tel qu’il connaissait le Andrews, il allait vouloir prendre ce fardeau pour lui. Ce fardeau était le sien et il était le seul à pouvoir y faire quelque chose. Il devait se débrouiller seul pour une fois. Se battre seul. Se battre contre lui-même et cette part sombre de lui-même qu’il combattait depuis le début de son existence. En voyant Ezra se tenir droit comme un I, Gabriel ne pensait qu’à enfiler ce masque d’indifférence pour l’épargner. Faire semblant, pour le bien de tous. Mais comment faire quand il n’arrivait pas à n’être autre chose que l’ombre de lui-même ? Même l’unique mot qui était sorti de sa bouche n’était pas convainquant et à voir l’expression du brun, ce dernier n’avait plus envie non plus de faire semblant. L’inquiétude d’Ezra se ressentait dans sa réponse et Gabriel se détestait pour ça. Il aurait dû prévenir. Il baissa la tête pour fuir le regard de son meilleur ami qui méritait bien mieux que lui.

Il ne leva pas les yeux en entendant la suite. « Je suis désolé. » murmura Gabriel. Désolé de lui faire ça. Désolé de ne pas être capable de se montrer aussi fort qu’il le voudrait pour endurer tout ça. Et surtout, désolé de laisser entrevoir à Ezra une infime partie de toute la souffrance qui le rongeait de l’intérieur. Il ne se sentait pas capable d’affronter le regard d’Ezra et de lui dire tout ce qu’il ressentait. Lui-même l’ignorait. Il ne savait qu’une chose, c’était qu’il était un piètre ami qui provoquait de l’inquiétude inutile chez quelqu’un qui avait d’autres chats à fouetter. Ezra Andrews avait bien trop à gérer pour en plus devoir supporter les états d’âmes de Gabriel. Et pourtant, le voilà, au milieu du salon et en train de lui reprocher de ne pas avoir donné de nouvelles. Gabriel ne le méritait pas. Ce type était trop bien pour une personne comme lui.  « J’aurais dû te prévenir. Excuse-moi.»

Il ne redressa la tête que lorsqu’il discerna le mouvement d’Ezra qui s’installait sans un mot à ses côtés. Gabriel entoura ses genoux de ses bras, se recroquevillant sur lui-même. Il détestait se montrer aussi vulnérable. Il avait l’impression d’être de nouveau ce gamin faiblard qui craignait le monde dans sa globalité. Il entendait presque ces voix issues de son passé qui lui murmurait à l’oreille que c’était ce qu’il avait toujours été, ce qu’il était et ce qu’il serait toujours. Vulnérable. Faible. Sans défense. Gabriel serra les dents et soutint le regard d’Ezra qui lui posait une question rhétorique à laquelle Gabriel ne pouvait même pas mentir. « Pas vraiment.» Il n’en ressentait même pas le besoin. Avait-il seulement fait autre chose que de rester là sans bouger ? Et ruminer. Un peu. Beaucoup. Un demi-sourire se dessina sur ses lèvres. Il ajouta avant qu’Ezra ne songe seulement à l’engueuler :  « Et je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée de m’approcher d’un four, là, tout de suite.» Ses compétences culinaires étaient déjà médiocres quand il était au mieux de sa forme, alors quand il était au trente-sixième dessous… Il ne valait mieux pas essayer.  Il soupira. « Ne t’inquiètes pas pour moi, Ezra. » Ça n’en valait pas la peine. Il connaissait la chanson.  Dans quelques jours, ça irait mieux. Autant parler à un mur, cependant. Ezra s’inquiéterait, quoi qu’il fasse. C’était ce qu’il faisait. C’était ce qu’il avait toujours fait, au lieu de s’inquiéter pour sa propre personne. « T’as assez à gérer de ton côté. Je vais m’en sortir, t’en fais pas. J’aurais dû t’avertir, ça t’aurait évité de te déplacer. Surtout avec ce déluge. » Il désigna le velux d’un mouvement de tête. En fait, il aurait préféré affronter l’hystérie de Maritza, prête à lui hurler dessus pour ne pas avoir donné de nouvelles que la bienveillance d’Ezra. Une bienveillance qu’il n’avait franchement pas l’impression de mériter.
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MessageSujet: Re: Paint Me Black {Ezriel}   Dim 24 Sep - 18:31


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Tout ce qu’il veut, c’est l’aider. Vraiment. Il est bien placé pour savoir ce que ce genre de tragédie peut faire. Il en subit encore les conséquences aujourd’hui et il ne les souhaite à personne et surtout pas à Gabriel. Quelque part, Ezra pense que son meilleur ami est plus sensible que lui, qu’il est plus fragile. C’est surement faux, ils ont juste deux manières bien différentes d’affronter la vie. Ezra se tait en toutes occasions, il poursuit son chemin, meurtri, transparent, fantomatique, alors que Gabriel doit s’arrêter quelques temps, évacuer le mal en un silence lourd et pesant mais réparateur, pour finalement reprendre sa route. Clairement, il fait une pause avec la vie cette fois encore. Replié là, dans son appartement, le blond vit son deuil. Réellement. Ce que le peintre, lui, n’a jamais eu le courage de faire. Ezra ne serait pas capable de faire ça de toutes manières. Le jour où il s’arrêtera, ça sera la fin pour lui. Il ne laissera pas la porte ouverte, comme Gabriel le fait lui. Jamais il ne lui dira « Je suis désolé. ». Jamais il n’avouera « J’aurais dû te prévenir. Excuse-moi.». Quelque part, Gabriel est surement le plus fort des deux bien qu’il n’y paraisse pas à ce moment précis.

Juste avant qu’Ezra ne vienne prendre place à côté de Gabriel, il le rassure rapidement. « T’as pas à t’excuser Gab, je comprends. » Après tout c’est vrai. N’importe qui pouvait comprendre d’ailleurs, même Maritza qui, bien qu’elle soit une mère poule complétement dingue, doit bien savoir que, là, Gabriel a besoin de souffler. C’est pour ça qu’Ezra ne veut pas s’imposer, et pourtant, il s’installe à côté de son meilleur ami. Si il le lui demande, il partira, mais seulement quand il sera sûr que Gab n’est pas sur le point de faire une connerie ou quoique ce soit de stupide. Ça commence par lui demander s’il a mangé et Ezra se doute de la réponse que ne tarde pas à lui donner l’assistant juridique. « Pas vraiment.» Pour ne pas dire non quoi. « Et je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée de m’approcher d’un four, là, tout de suite.» Si on le lui demandait, Ezra dirait que ce n’est jamais le moment pour que Gabriel approche un four. Son ami a plein de qualités, vraiment, mais la cuisine ne fait pas partie de celles-ci. Ca aurait donc été un bon argument de la part de Gabriel s’il n’existait pas dans le monde ces petites merveilles qu’on appelle plus communément : Take away. Dieu soit loué, le blond a toujours ça sous la main pour lui permettre de survivre sinon, il serait mort depuis longtemps, intoxiqué par sa propre cuisine.

Ezra le regarde du coin de l’œil et la conversation prend un tournant auquel il ne s’est pas attendu, pas tout de suite tout du moins. « Ne t’inquiètes pas pour moi, Ezra. » Ezra ne le quitte pas des yeux bien qu’il trouve cette première remarque complétement stupide. Bien entendu qu’il s’inquiète pour Gabriel. Le Pegasus a vraiment été un événement traumatisant pour lui, pour eux tous, mais ça semble particulièrement toucher le blond. Et maintenant, Cindy fait une fausse couche… Comment pourrait-il ne pas s’inquiéter pour son ami ? « T’as assez à gérer de ton côté. Je vais m’en sortir, t’en fais pas. J’aurais dû t’avertir, ça t’aurait évité de te déplacer. Surtout avec ce déluge. » Gabriel lui montre le velux et Ezra, par automatisme, regarde celui-ci. Les gouttes s’écrasent sur la vitre ce qui n’arrêtent leurs courses que momentanément, poursuivant ensuite en ruisselant. Lui adore les voir faire tout autant qu’il aime la musique qu’elles produisent. Bizarrement, il se dit qu’un mec comme lui ne peut, de toutes manières, qu’aimer ce temps. Ca nourrit sa mélancolie maladive et ça trouve un écho en lui-même. « Tu sais que je serais venu tout de même, c’est pas trois gouttes qui m’arrêteront. » Il sourit pour la première fois bien que ce même sourire soit amer. Ezra baisse ensuite la tête pour regarder devant lui sans rien fixer de particulier. Gabriel ne sait pas qu’il a tort. Ezra n’a absolument plus rien à gérer dans sa vie. Dylan est partie et quand bien même, ca faisait longtemps qu’il n’avait plus la force de faire les efforts nécessaires à la reconstruction de leur couple. Il hésite à le lui dire mais doute que ce soit le bon moment, sans compter qu’il n’a vraiment pas envie de parler de ça.

Un court silence s’installe entre eux, le temps qu’Ezra tourne et retourne tout cela dans sa tête. Il ne sait pas par où commencer, ni pour Gabriel, ni pour lui. Ca fait depuis bien longtemps qu’il n’a pas été si peu en contrôle, si peu à même d’aider ses proches. Il s’en collerait des baffes mais c’est bel et bien vrai, il est dépassé. Totalement, et ça le rend fou. Il a beau chercher, il ne sait pas quoi dire. Finalement, Ezra laisse carrément tomber et décide de commencer par le commencement, par le seul truc qu’il peut facilement régler. Le reste, il verra après. « Tu veux commander quoi ? Pizza ? Chinois ? Indien ? » Il fouille dans la poche de son bermuda et en sort son portable qu’il déverrouille rapidement. Ouais, c’est nul, mais il va commencer par forcer son meilleur ami à manger un bout mais, franchement, ca sera déjà une chose de bien de faite. « Je me ferais bien des sushis. » C’est pas vraiment vrai, parce que lui non plus n’a pas faim bien que lui non plus n’ait pas beaucoup mangé dernièrement. Oui, c’est un peu hypocrite de sa part du coup, mais Gabriel n’a pas à le savoir de toutes façons, n’est-ce pas ?

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MessageSujet: Re: Paint Me Black {Ezriel}   Dim 24 Sep - 22:15


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Il ne méritait pas quelqu’un comme Ezra. Le monde en lui-même ne méritait pas Ezra. Il avait toujours idéalisé son meilleur ami. Voulu être comme lui. Ezra avait passé cinq mois enfermé en quarantaine, à s’occuper de sa fiancée et de sa soeur, manquant de mourir et affrontant le deuil de son bébé. Et il avait encore l’énergie de venir s’inquiéter pour lui. Alors que Gabriel était incapable de faire face à tout ça et d’en sortir la tête haute comme Andrews le faisait. Ezra était cet idéal pour lui qu’il ne parviendrait jamais à atteindre. A se demander pourquoi il perdait son temps avec lui, à essayer de le réparer alors que Gabriel n’en avait pas envie. Il ne voulait pas être réparé. Il voulait juste que le monde entier le laisse tranquille, qu’on arrête de le forcer à se battre alors qu’il avait baissé les bras.  Son meilleur ami était là, à se préoccuper de l’alimentation de son meilleur ami, affrontant le déluge dehors pour se rendre chez lui. Tel un héros. Mais il savait aussi pourquoi Ezra s’inquiétait autant pour lui. Il le savait très bien, il n’y avait qu’à voir son regard pour y lire ses intentions. Il voulait s’assurer que Gabriel ne ferait rien d’irréparable, comme attenter à sa propre vie. Il avait bien envie de rire à cette hypothèse mais ce serait mentir. Dans les pires moments, alors qu’il sentait qu’il était clairement en train de perdre la tête, Gabriel y songeait. Une petite pensée qui lui traversait l’esprit. Juste pour que tout s’arrête. Les voix, les bruits qui arrivaient de nulle part, cette impression d’avoir son être en feu. Juste pour une seconde. Ce serait terminé et il serait effacé de l’existence de beaucoup de monde.

Puis il revenait à la réalité et pensait à tous ceux qui comptaient pour lui. Ezra et Cindy. Maggie et Carter, cette soeur qu’il venait juste de retrouver. Il ne pouvait pas faire ça. Pas alors qu’il lui suffisait juste de faire bonne figure et de faire comme si tout allait bien. Non, tout n’allait pas bien. Toute sa vie était en train de se casser la figure et il ne pouvait rien faire contre ça. Il pouvait juste contempler la chute de tout ce qu’il avait construit sur Genosha. Il n’arrivait pas à faire face. Il n’y arrivait plus du tout. Mais il ne voulait pas que cette réalité franchisse ses lèvres. Il ne voulait pas mettre des mots dessus. Ezra allait s’inquiéter encore plus et il s’imaginerait qu’il avait de bonne raison de craindre que Gabriel fasse une connerie. Il vit le sourire d’Ezra en parlant de la pluie. Il avait ce don de minimiser les choses. Trois gouttes. Trois gouttes de pluie. C’était trois grosses gouttes alors, pour qu’il arrive complètement trempé chez lui. Enfin, venant de lui, ça ne l’étonnait même pas. C’était Ezra, quoi. Toujours à minimiser les évènements négatifs. Surtout quand ça le touchait. La preuve, il ignorait sciemment ce que Gabriel disait à propos des trucs qu’il avait à gérer dans sa vie. Ou alors… il y avait des choses qu’il ne voulait pas lui dire. En réfléchissant quelques secondes et en connaissant le specimen, on devinait sans mal que c’était la seconde option. Gabriel garda le silence. Il lui tirerait les vers du nez plus tard.

Ezra était décidé à le faire manger et il comprit d’avance que ça ne servait à rien de lutter contre. Il se mordit la langue en le voyant sortir son téléphone et lui demander ce qu’il voulait. En le regardant droit dans les yeux, Gabriel répondit « Rien.» Mais autant parler à un mur. Il ne voulait pas manger. Il n’avait pas faim. La nourriture n’avait pas le moindre attrait sur lui en temps normal mais alors là, c’était dix fois pire. Il leva les yeux au ciel en soupirant. « Tu lâcheras pas, hein ? » Gabriel secoua la tête avant de se tasser à sa place, vaincu. « Vas-y, commande. » Il n’avait pas l’énergie de se battre contre lui. Quand bien même, s’il l’avait, ce serait un combat perdu d’avance. Ezra ne le laisserait pas en paix tant qu’il n’aurait pas avalé quelque chose. Une petite voix lui disait qu’il ne méritait pas quelqu’un comme Ezra. Il ferma les yeux en se mordant la langue de plus belle. Pas maintenant, bordel. Il voulait tenir tout ça à distance. Pas maintenant, pas ici. Pas avec Ezra qui pouvait le voir craquer à tout moment. Gabriel porta une main à son front au moment où un souvenir - il avait décidé de les appeler ainsi le temps de savoir s’ils étaient réels ou non - remonta rapidement. C’était pile celui qu’il détestait. Celui qui remontait quand il commençait à paniquer. Cette image de lui gamin avec sa tarée de mère qui lui hurlait dessus.

Le flash rapide disparut et Gabriel s’était recroquevillé instinctivement sur lui-même.  Il espérait qu’Ezra était trop occupé à commander pour s’en être aperçu. Parce que… Comment lui expliquer ça sans passer pour quelqu’un de bon pour l’asile ? On ne pouvait pas. Il serrait les dents pour contrôler ses tremblements. C’était quoi l’astuce que lui avait donné Carter, déjà ? Ah oui, réciter dans sa tête des noms de personnes proches. Martin. Maritza. Carter. Ezra. Maggie. Cindy. Il leva les yeux vers Ezra et tenta d’avoir l’air le plus naturel possible. Martin. Maritza. Carter. Ezra. Maggie. Cindy. En vérité, il était vraiment pas loin de la grosse crise de nerf et tout ce qui allait avec. « Comment va Maggie ? » demanda Gabriel. Il avait besoin de tourner son esprit vers autre chose. Martin. Maritza. Carter. Ezra. Maggie. Cindy. Il avait besoin de n’importe quoi. Un sujet de conversation au hasard. Un sujet qui mobiliserait son attention et lui ferait oublier qu’il était en train de devenir fou. Martin. Maritza. Carter. Ezra. Maggie. Cindy.  « Son projet photo avance ?» Ce projet photo qu’il avait toujours trouvé morbide. Mais c’était ce dont elle avait besoin pour avancer et faire son deuil des évènements du Pegasus. La bonne question était aussi « Comment tu vas, Ezra ? » mais il savait d’avance qu’Ezra ne répondrait pas ou orienterait la conversation vers quelqu’un d’autre. Maggie de préférence. Au final, ça revenait au même, donc. Et rien qu’en demandant un peu de nouvelle de sa photographe de soeur adoptive, il se sentait un peu mieux.
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MessageSujet: Re: Paint Me Black {Ezriel}   Sam 4 Nov - 15:36


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Ezra est déjà en train de pianoter sur son smartphone dernier cri pour trouver les meilleurs sushis du coin. Il n'attend pas la réponse de Gabriel, parce qu'il a déjà décidé pour eux. Son côté protecteur peut parfois lui donner des élans d'entêtement et d'autoritarisme qui ne laissent aucun choix aux autres et, en l'occurrence, il compte bien faire ingurgiter à Gabriel le minimum vital pour survivre quelques jours de plus. Pourtant, ce dernier n'a pas l'air d'être sur la même longueur d'onde que le Andrews, car il lui répond par un « Rien.» qui va totalement à l'encontre de la petite recherche internet d'Ezra. Ce dernier poursuit pourtant, non sans avoir jeté un rapide regard à son meilleur ami qui n'a pas l'air décidé à coopérer. Mais Ezra a de l'expérience en matière de bébé capricieux. Après tout, il s'est occupé d'Archer et de Maggie depuis qu'il est tout jeune, depuis que leur mère a quitté le cocon familial. Non pas qu'il ait quelque chose de maternel, ou même de paternel d’ailleurs, il ne pense d'ailleurs pas que ce soit le cas, au contraire, mais, même si il les aime plus que tout, il sait que, parfois, aimer les autres c'est aussi ne pas aller dans leur sens. Gabriel le connait assez pour savoir ça et pour reconnaître une cause perdue quand il en voit une. La preuve : « Tu lâcheras pas, hein ? » Ezra continue de scroller dans les avis donnés sur un petit Sushi Shop qui se situe dans le quartier et, à entendre cette question, il esquisse un petit sourire qui a un quelque chose de désolé. Non pas qu'il veuille avoir raison absolument, ou imposer quoi que ce soit, mais, clairement, pour son bien, Gabriel ferait mieux de le laisser faire, tout simplement. « Nope. » Oui, Gabriel reconnaît une cause perdue quand il en voit une et c'est le cas à ce moment-là. Ils les mangeront ces foutus sushis, qu'ils le veuillent ou non. « Vas-y, commande. » Ezra est déjà sur la page des menus et il passe une main dans ses cheveux trop longs pour les ramener en arrière et avoir un peu plus de visibilité. À ce moment-là, sa plus grande question est juste de savoir quoi commander. Que la vie est douce quand on ne sait rien du mal qui ronge les autres.

Il ne remarque pas tout de suite Gabriel se contracte bizarrement. Il est trop distrait par les différents menus de la carte du Sushi Shop pour ça. Ezra, multitâche, écoute cependant son meilleur ami qui lui demande des nouvelles de sa cadette, ce qui n'est pas étonnant sachant que Gabriel et elle sont proches. « Comment va Maggie ? Son projet photo avance ?» Ezra et Maggie sont comme les deux doigts de la main et l'ainé des Andrews fait toujours grand attention à avoir des nouvelles de sa sœur. C'est d'autant plus le cas qu'Archer, leur frère, est un électron libre qui aime à le laisser dans un brouillard sans nom, ce qui donne à Ezra avec cette sensation qu'il déteste par-dessus tout, celle d'être rejeté et surtout de ne rien pouvoir faire pour aider son frère. Avec Maggie, tout a toujours été différent. Longtemps, elle a été le centre de toute son attention et, aujourd'hui encore, il se sent responsable d'elle. Ça ne changera sûrement jamais d'ailleurs. Le changer sur ce point est aussi une belle cause perdue. « Elle va bien. » Il pense savoir qu'elle s'est bien remise de leur séjour à l'Alpha House qui, bien qu'il ait été oppressant, n'avait rien de traumatisant en soi. La prise d’otage du Pegasus par contre, c'est une toute autre affaire et ce pour eux tous mais après tout, la vie continue. « Je crois qu'elle a rencontré quelqu'un. » Ezra n'a pas rencontré l'homme en question et, à vrai dire, il n'a pas trop cherché à ce que ce soit le cas. Maggie est grande et fait ce qu'elle veut, lui, du moment qu'elle est heureuse, ça lui suffit. Sans compter qu'il n'est vraiment pas d'humeur à devoir se la jouer sociable. « Quant au projet photo, elle fait un super boulot. Ca rend vraiment bien puis ça a l'air d'être assez thérapeutique donc tant mieux. » Lui-même comprend le besoin de se lancer dans ce projet. Il est bien placé pour savoir que l'art peut être l'expression d'un mal être même si, pour lui, ça n'a jamais eu un effet cathartique quelconque mais, assurément, ça a le mérite d’exprimer des tourments intérieurs ce qui, dans son cas, relève d’un besoin presque vital.

C'est à ce moment-là qu’Ezra se retourne vers Gabriel, sans trop savoir pourquoi d’ailleurs, et qu'il pose son regard sur son visage livide. Son ami est recroquevillé à côté de lui et Ezra sent soudainement l'inquiétude monter en lui alors que son attention est enfin définitivement détournée de ces foutus sushis qu'ils ne mangeront jamais. Comme quoi ça servait vraiment à rien de faire chier Gabriel pendant 10 minutes pour si peu. À la place Ezra se redresse et pose rapidement son portable entre eux. Le jeune homme ne comprend vraiment pas ce qu'il se passe, mais il ne faut pas être un génie pour comprendre que Gab ne va pas bien du tout à cet instant précis. « Gab ? Ça va ? » C'est peut être une question con mais il attend une réponse honnête et sincère. Gabriel a pas intérêt à lui servir son habituel « Ca va t'inquiète pas » à la con parce que là, à ce moment-là, Ezra est en train de faire un pique d'inquiétude (stade 2 sur l’échelle du Andrews)qui peut très facilement virer à l'énervement de panique (stade 5, le plus haut stade étant 7 han) si il n'a pas rapidement les éléments nécessaires pour pouvoir l'aider. Autant dire que, quand Ezra est dans ce mode-là, il n'est pas forcément des plus conciliants, non pas qu'il le soit vraiment au naturel d'ailleurs. Le jeune homme pose une main sur l'épaule du blond, sans trop savoir pourquoi, peut être juste pour avoir son attention. Sa réaction est peut être exagérée mais il connait Gabriel comme sa poche et tout ça n'a rien de normal. Rien du tout.


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MessageSujet: Re: Paint Me Black {Ezriel}   Dim 5 Nov - 19:40


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Il s’accrochait aux mots d’Ezra comme à une bouée de sauvetage. La réalité, c’était lui et ce qui sortait de sa bouche. Maggie et son petit-ami. Ce téléphone sur lequel Ezra commandait de la nourriture pour le forcer à manger un peu quand il ne voulait pas. Cette pluie qui tapait sur le velux sans s’arrêter. C’était ça, la réalité. Sa réalité à lui. Martin. Maritza. Carter. Ezra. Maggie. Cindy. Il avait oublié Dylan, dans la liste. Il la rajouta, parce que Dylan était aussi une personne proche de lui, même s’il n’avait pas eu le courage de l’affronter après le Pegasus. Elle était son amie, même si elle aurait mérité quelqu’un qui soit capable de gérer la situation mieux que ça. Martin. Maritza. Ezra. Maggie. Carter. Cindy. Dylan. Ajoutons Jennifer, tant qu’à faire, car elle lui avait donné sa chance. Sans elle, il serait encore en train de chercher du travail. Martin. Maritza. Ezra. Maggie. Carter. Cindy. Dylan. Jennifer. Cette liste devenait longue mais il en avait besoin. Il se concentra sur ces noms. Ces noms qui représentaient des gens qu’il aimait par-dessus tout. Ça aussi, ça faisait partie de sa réalité à lui. Il s’y accrochait. Il y avait quelque chose qui n’arrangeait pas son état, là, tout de suite, c’était l’idée qu’Ezra s’en aperçoive. Il allait paniquer, parce que c’était ce qu’Ezra faisait et allait lui demander ce qui lui arrivait. Et là, il serait très difficile de dire que tout allait bien. Il verrait le mensonge car il était la personne qui le connaissait le mieux. Il ne pouvait qu’espérer que ce n’était que passager comme d’habitude, en priant pour ça passe avant qu’Ezra ne s’en rende compte. Parce qu’il ignorait quel mensonge sortirait de sa bouche, cette fois-ci.

Tout va bien. Oui, tout va bien. Tout allait tellement bien qu’il ne se nourrissait plus et qu’il n’avait même pas la force de faire autre chose que de rester prostré dans la même position en attendant que ça passe. Mais tout allait bien, oui. Qu’est-ce qu’on avait dit, déjà, sur les mensonges ? Arrêter de s’en raconter à soi-même ? Un truc comme ça.  Martin. Maritza. Ezra. Maggie. Carter. Cindy. Dylan. Jennifer. Inspirer, expirer, le plus calmement possible. Ces souvenirs étaient faux. Il inventait. Il n’avait jamais vécu ça. Martin. Maritza. Ezra. Maggie. Carter. Cindy. Dylan. Jennifer. Il n’avait pas été chez sa mère aussi longtemps. Il n’avait pas mis le feu. Elle ne l’avait jamais traité de monstre avec un regard plein de haine. Martin. Maritza. Ezra. Maggie. Carter. Cindy. Dylan. Jennifer. Elle lui avait déjà lancé un regard haineux, oui. Elle lui avait hurlé dessus et l’avait envoyé à l’hôpital parce que c’était une cinglée. Mais il n’y avait jamais eu de feu.  Martin. Maritza. Ezra. Maggie. Carter. Cindy. Dylan. Jennifer. Et il n’avait jamais été dans une école spéciale avec un type en fauteuil roulant et un crâne rasé. Jamais. Ces souvenirs étaient faux, il ne voyait que ça. Son cerveau débloquait totalement. Martin. Maritza. Ezra. Maggie. Carter. Cindy. Dylan. Jenn... Bordel, c’était quoi son problème ? C’était quoi, son putain de problème ? Il gardait la tête baissée, inspirant, expirant le plus calmement possible. Enumérant ces noms qui lui semblaient maintenant vide de sens. Parce qu’il commençait à douter de la réalité, une fois encore. Comme un coup de poing en pleine face.

Et ça n’avait pas raté, encore une fois. Ezra s’en était aperçu. Gabriel ferma les yeux en secouant la tête, énervé contre lui-même de ne pas avoir été capable de cacher ses émotions. Ezra n’avait pas besoin de ça. Il avait besoin de quelque chose dans sa vie. Pas de son meilleur ami qui était en train de devenir fou. C’en était littéralement trop pour Gabriel qui ne pouvait pas gérer plus. Le Pegasus, la fausse couche de Cindy, son cerveau qui débloquait en lui envoyant des images qui affluaient dans sa tête sans discontinuer, l’inquiétude d’Ezra qui aurait dû être ailleurs qu’ici, à s’occuper de lui. Le trou béant dans sa poitrine n’avait jamais été aussi immense que maintenant et il se sentait étouffé par tout ce qu’il gardait à l’intérieur. Le geste d’Ezra acheva de faire voler en éclat les dernières barrières qu’il tentait de garder intactes. Elles avaient été mises à mal ces derniers mois et il suffisait d’un rien, même d’un geste attentionné à son encontre avec une voix pleine d’inquiétude pour qu’elles s’effondrent. Elles explosèrent, purement et simplement, aussi soudainement qu’il sentait des larmes, de rage ou de désespoir, il ne savait pas trop, lui monter aux yeux. Il secoua à nouveau la tête, fuyant le regard d’Ezra pour qu’il ne le voit pas sur le point de pleurer. Il devait faire face. Mais… Comment faire face quand on ne savait pas contre quoi on se battait et d’où venait le problème ? C’était ça, la question. Contre qui se battait-il ? Lui-même ? La vie en général ? Genosha ? Pourtant, il ouvrit enfin la bouche pour lâcher un faible mais bref « Non… »

Non, ça n’allait pas. Il l’avait dit. Il n’allait pas bien.  Il perdait pied et n’avait plus la force de se battre. Plus la force de mentir. Il devait le dire. Lui dire. « Non… ça ne va pas. »  Il devait l’accepter. Arrêter de nier qu’il n’était plus capable de lutter contre tout ce qui lui arrivait. Accepter son impuissance face aux événements qui chamboulaient sa vie. Et surtout, accepter le fait qu’il allait mal. Même si ça voulait dire qu’il devait se montrer faible et vulnérable devant Ezra. Il était mort de peur. Et s’il devenait vraiment comme sa mère ? S’il devenait aussi taré qu’elle ? La folie était héréditaire dans certains cas. Et les gênes de Martin ne pouvait pas le sauver. « Je deviens dingue. » Il redressa la tête. Ça ne servait à rien de fuir son regard. Il porta une main tremblante à sa tempe. « J’ai ces images, là… Et je… » Je ne sais plus quoi faire était la suite exacte de mot qu’il devait prononcer mais il n’y arrivait pas.  Il serra le poing avant de craquer pour de bon et de se cacher le visage pour pleurer enfin. Il était pitoyable. Faible. Vulnérable. Tout ce qu'il refusait d'être et qu'il était pourtant. Il voulait s’excuser pour causer autant d’inquiétude à Ezra, s’excuser pour être le pire des meilleurs amis. Il voulait qu’Ezra s’éloigne de lui, pour son propre bien car il détruisait tout ce qu’il touchait. Il voulait le protéger de l’obscurité qui l’emportait avec lui. Il voulait lui dire tout ça. Mais il voulait aussi qu’on l’aide. « Aide-moi, Ezra… » fut tout ce qu’il réussit à dire, d’une voix désespérée alors qu’il se recroquevillait de nouveau sur lui-même. Il ne pouvait pas compter sur Ezra pour le sauver. Ni sur lui-même. Il sentait qu’il n’y avait aucune échappatoire et qu’il était condamné à cette folie qui était en train de le ronger de l’intérieur.
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MessageSujet: Re: Paint Me Black {Ezriel}   Sam 25 Nov - 19:35


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C’est peut être un défaut en soi, de s’inquiéter autant pour eux. Clairement, c’est quelque chose de maladif chez Ezra mais il ne peut pas en faire autrement. Ils sont ceux qui le construisent lui, ils sont ce qui fait qu’il existe parmi les vivants de ce monde. Sans eux, il serait quoi ? Un homme qui hante son propre atelier, occupé à peintre milles et une toiles pour entretenir sa propre mélancolie, en recherche d’une catharsis qui ne se fera jamais, pour son propre plaisir égoïste. Gabriel répète peut être en boucle des prénoms pour se raccrocher à la réalité, mais Ezra veuille à ce point sur eux pour la même raison. Maggie, Gabriel, Archer… Il n’ose même plus penser à elle.

Perdre l’un d’eux serait dévastateur. Ezra a déjà l’impression que sa vie ne tient qu’à un fil. Le fil du rasoir sur lequel il fait le funambule, suivi de sa tristesse, de son deuil et tout le mal qui lui malmène le cœur. Un pied, puis l’autre, puis le premier à nouveau, il avance, ses bras tendus maintenant son équilibre. Oui, il suffirait de bien peu pour le faire tomber. Nerveusement, il est inconstant, totalement même, et le simple fait de voir Gabriel en situation de détresse, mentale certes mais détresse tout de même, suffit à le mettre dans tous ses états. Lui qui a toujours eu cet air calme, entrecoupé de rares mais intenses excès de colère, n’est aujourd’hui qu’un tourbillon de regrets, de remords, de nostalgie, de tristesse et de souvenirs. Il a toujours été un écorché de la vie, mais c’est d’autant plus le cas maintenant, comme quoi, plus blessant que les coups, que les mots durs, que la solitude, que les responsabilités écrasantes, que le deuil, il y a les chagrins d‘amour.

Il est dans une période de sa vie qui lui semble nébuleuse. Il ne sait pas où il va, ni même pourquoi, mais, même là, dans ce brouillard, il y a ces points constants. Gabriel a toujours été là, dans les parages. Aussi loin qu’Ezra se souvienne, il y a toujours eu cette tête blonde. Plus que des meilleurs amis, ils sont des frères, de cœur certes, mais Gabriel est ce savant mélange de famille et de soutien indéfectible qui fait peut être de lui la personne la plus importante de la vie d’Ezra. C’est pour toutes ces raisons que ce dernier est particulièrement anxieux de le voir ainsi recroquevillé sur lui-même à fuir sans regard. Pourtant, Ezra, lui, ne le lâche pas, il ne le lâchera jamais de toutes façons. Le Andrews distingue les larmes qui montent aux yeux de Gabriel, soulignant ses traits tirés par la fatigue et empreints d’une sorte de… peur peut être. Non, clairement, Gabriel ne peut pas faire comme si ca allait pour lui et sa réponse ne tarde pas. « Non… » Aussitôt, les épaules d’Ezra se tendent. Il sait que, si Gabriel l’avoue de lui-même, c’est que ca veut dire qu’il a atteint le fond, le vrai, celui où il fait froid à en perdre ses orteils et où on ne distingue plus rien tellement il y fait sombre. « Non… ça ne va pas. » Il savait que Gab n’allait pas bien en venant ici et, à vrai dire, ca paraissait totalement normal vu la situation. Cependant son état va au-delà du simple syndrome post-traumatique du Pegasus ou même du deuil de leur bébé à Cindy et lui. C’est tout autre chose qui se joue là et Ezra commence à peine à le distinguer. « Je deviens dingue. » A ces mots, Ezra fronce légèrement des sourcils. Il ne s’est pas attendu à cette réponse et ne sait à vrai dire pas à quoi s’en tenir. « J’ai ces images, là… Et je… » Ca ne l’aide pas à comprendre. Pas du tout même. Les mots de Gabriel ne font qu’ajouter un peu plus de confusion à toute cette situation. « Des images ? Quelles images ? » On sent dans sa voix une inquiétude qui a des couleurs peu familières. Ezra a toujours été de ce genre-là envers eux mais a aussi toujours eu la faculté de garder son sang-froid ce qui tempérait le tout. Ce n’est pas le cas ce jour-là. Il est lui-même à fleur de peau et ne peut pas en faire autrement.

Son niveau de stress augmente encore quand il voit une nouvelle fois Gabriel se recroqueviller sur lui-même le tout avec un « Aide-moi, Ezra… » qui rajoute à la pression que se donne déjà le Andrews. Ce dernier se relève alors, se mettant sur ses deux pieds, tout en restant tourné vers Gabriel. Bien entendu qu’il va l’aider, même si, dernièrement, on ne peut pas dire que ses tentatives pour aider ses proches aient vraiment réussies. Mais il essaie malgré tout, inlassablement, parce qu’il est comme ça et qu’il ne les laissera jamais tomber, ou alors il tombera avec eux, au choix. « Gab, regarde-moi. » Il accompagne ses mots d’un nouveau geste à l’attention de son ami, l’attrapant cette fois par les deux épaules. « Regarde-moi. » Il cherche son regard et, une fois qu’il l’a, ne le lâche plus. A vrai dire, il n’a pas le moins début d’idée de ce qu’il peut faire, lui Ezra, pour aider Gabriel surtout qu’il ne comprend pas vraiment ce qu’il arrive à son ami. Ce qu’il sait, c’est qu’il va l’aider, quitte à devoir débourser des milliers pour payer une nuée de spécialistes en neuroscience ou il ne sait quoi encore. Peu importe, si ca permet de comprendre ce qu’il se passe dans la tête du blond. « On va trouver ce que t’as, ok ? » Il y croit vraiment quand il dit ça. Si Gabriel est malade, alors ils n’auront qu’à trouver un remède, c’est aussi simple que ça… Il espère d’ailleurs que Gabriel a déjà pris les devants et a déjà consulté un spécialiste, mais autant dire qu’Ezra n’ose y croire qu’à moitié. Il connait l’énergumène et pense savoir que sa manière à lui de remédier à ca est plus de se retrancher dans cet appartement pendant 3 jours sans donner de nouvelles. L’univers est peut être sympa au final parce que, en compensation de tous ces malheurs, il a tout de même offert à Gab une Maritza et un Ezra pour prendre soin de lui (et sache que moi je roll eye devant l’incapacité de Gab à s’occuper de lui, heureusement qu’Ezra est là !). « Tu en as déjà parlé à quelqu’un ? » Il connait déjà la réponse mais la question vaut surement le coup d’être posée tout de même.

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MessageSujet: Re: Paint Me Black {Ezriel}   Jeu 30 Nov - 22:58


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Il ne craquait jamais. Même quand il se laissait aller au point de se retrancher chez lui pendant plusieurs jours en faisant le mort et en restant à distance de tout ce qui était sain pour lui - au hasard : lit et nourriture pour commencer - il arrivait rarement à cette impression d’être brisé de toutes parts. Il fallait aussi dire qu’il arrivait rarement qu’autant de merde s’enchaînent les unes à la suite des autres dans sa vie. Du moins, pas qu’il se souvienne. Alors ouais, cette fois, c’était la bonne. Il était clairement en train de craquer car il n’arrivait plus à faire face. La pensée furtive que le moyen le plus rapide pour que ça s’arrête, ce serait d’en finir une bonne fois pour toute mais elle fut chassée très vite par Ezra. Qui voulait qu’il le regarde.
Mais comment pouvait-il ? Il n’était qu’un fardeau de plus pour son meilleur ami. C’était ce qu’il avait toujours été au final. Un putain de fardeau. Et toutes les belles paroles, les belles promesses qu’il se faisait n’y changeait rien. Il ne pouvait pas regarder Ezra. Pas alors qu’il était en train de provoquer de l’inquiétude chez lui, qu’il avait été incapable d’être le meilleur ami qu’il aurait dû être depuis des mois. Ezra répéta « Regarde-moi » en posant son autre main sur son épaule. Au prix d’un effort inimaginable, Gabriel réussit enfin à redresser la tête. Il ne voulait pas qu’on le voit comme ça. Même quand c’était Ezra. Surtout si c’était Ezra. Il avait l’impression de le décevoir une fois de plus. La fois de trop. Et pourtant, il était toujours là, immuable. Même les images que son cerveau envoyait n’arrivaient pas à l’altérer.

Il pouvait lire dans le regard de son meilleur ami qu’il ne comptait pas le laisser tomber. Cela lui fichait un coup de plus de voir qu’Ezra tenait à lui à ce point alors qu’il pensait quelques instants auparavant que faire un petit plongeon en passant par le velux serait la solution à bien des problèmes.(Si tu me cherches pour me tuer, je suis déjà en Laponie.) Les mots qui sortaient de sa bouche étaient une promesse. Trouver ce qu’il avait. Si c’était possible. Il hocha doucement la tête, sans lâcher Ezra des yeux. Mais il y avait toujours une petite pensée sournoise qui ne le lâchait pas. Une pensée qui commençait à devenir une certitude. « Et si on trouve rien ? » S’il était condamné à devenir aussi timbré que… sa mère ? Il préféra taire cette phrase, histoire de ne pas affoler Ezra plus qu’il ne l’était déjà. Il avait vraiment fait fort sur le coup. Franchement. Il inspira longuement en fermant les yeux. Ezra était là. Ça, c’était réel. Aussi réel que l’endroit sur lequel il se tenait, que l’affection qu’il ressentait pour ses proches. Tout ça, c’était réel. Et l’envie qu’il ressentait de prendre Ezra dans ses bras mais qu’il retenait, l’était aussi. (blblblblb, now kiss) De quoi calmer un temps l’espèce de tempête qui se livrait dans sa tête.

Il ne lâcha le regard d’Ezra que quand ce dernier demanda s’il avait parlé de tout ça à quelqu’un. Avoir abordé le sujet du stress post-traumatique avec Carter, ça comptait ? Son meilleur ami connaissait déjà la réponse mais il posait la question quand même. Et une fois de plus, Gabriel ne pouvait pas lui mentir. Pas alors qu’il venait de lui demander son aide. « Pas vraiment. J’en ai parlé avec Carter mais c’était pas aussi grave que maintenant.  » C’était carrément moins grave, oui. Il avait juste quelques flashs de temps en temps mais rien qui ne l’empêche de vivre. Là, il était carrément en train de virer psychotique dans le plus grand des calmes - ou pas. A force d’encaisser, peut-être ? Il cherchait de quoi rebondir avant qu’Ezra ne passe en mode Papa et ne l’engueule pour ça, parce que c’était probablement ce que lui aurait fait à sa place. « C’était juste des flashs à ce moment-là et je pensais que c’était à cause de… » Il préféra ne pas prononcer le nom de l’endroit où ils avaient passés la pire soirée de leur vie. « Et puis, j’ai commencé à voir autre chose. Du feu, souvent. Beaucoup de feu. » Psychotique et pyromane. Avec un truc en p de plus, on avait un combo. « J’en suis à un point où je n’arrive plus à voir ce qui est réel ou non. J’ai l’impression que… rien ne l’est. Comme si je venais d’ailleurs et que j’étais une autre personne. » Il se rendit compte qu’il était en train d’en dire bien plus qu’il ne le voulait. Il se mordit la langue et décida qu’au point où il en était, autant continuer. « T’as jamais eu l’impression que tout ce qu’on vit sur cette île est faux ? » Urgh. Non, il devait se taire. Même pour lui, il avait l’air complètement givré quand il disait ça à voix haute. Il baissa à nouveau la tête. « C’est comme si j’étais un putain d’imposteur, tu vois ? Ma carrière, ma vie… J’ai la sensation que ce n’est pas moi mais que c’est pourtant moi. C’est compliqué comme ça, je sais. Même pour moi, ça parait complètement dingue.» Ça ne le soulageait pas plus que ça de mettre enfin des mots sur ce qu’il gardait en lui. Il le faisait pourtant, sans savoir pourquoi. Ni comment il en était venu à lui expliquer tout ça dans le plus grand des calmes (j’aime bien dire ça alors qu’il est tout sauf calme) alors qu’il était au bord de la crise de nerf dix secondes auparavant.
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Il peut contrôler le sentiment de peur. Une simple peur peut alors devenir une réelle phobie qu'il peut déclencher avec des hallucinations visuelles ou sensorielles.
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MessageSujet: Re: Paint Me Black {Ezriel}   Sam 16 Déc - 17:20


Paint Me Black
Ezra & Gabriel


Il ne se doutait de rien. Quand il est arrivé ici, Ezra pensait « juste » que Gabriel avait du mal à gérer les derniers événements, ceux qui ont touché son couple. Il pensait qu’il le forcerait à manger un bout, puis qu’ils passeraient la soirée ensemble à mater un vieux film pourri, juste histoire de lui changer les esprits. Finalement, il serait rentré chez lui et aurait retrouvé le retrait que lui offre son atelier. Il est bien hypocrite en fin de compte, parce qu’il n’aspire qu’à ce qu’il voulait ôter à Gab en venant ici : être seul. Mais il ne s’attendait pas à ça et il n’est pas non plus prêt à le gérer. Ezra tente de garder son inquiétude sous contrôle mais la vérité est que son niveau crève les plafonds du genre. Pour lui, c’est quelque chose de nouveau, de jamais vu, et la vérité est qu’il peine à trouver à la fois les bons mots et les solutions à ce problème qu’il ne comprend même pas d’ailleurs. Il rassure Gabriel tout autant que lui en disant qu’ils vont trouver ce qu’il a, ceci dit, il n’a même pas encore eu le temps de penser à l’autre possibilité. Gabriel , lui, murit tout cela depuis bien plus longtemps que lui. « Et si on trouve rien ? » Ezra regarde Gabriel sans savoir quoi dire, totalement séché. Non, il n’a pas envisagé cela mais, clairement, ça le laisse sans voix. Il déglutit, serre les dents, cherchant ses mots. Mais c’est vrai, s’ils ne trouvent rien ? Alors quoi ? Non, il ne veut pas y penser, il ne peut pas y croire, le monde ne peut pas exister sans le Gabriel qu’il connaît. Ils trouveront une solution. Ils le doivent.

Lorsqu’Ezra demande si Gabriel a déjà parlé de tout cela à quelqu’un, il se doute déjà de la réponse que son meilleur ami va donner, et rien que d’y penser, ça lui met les nerfs en pelote. Il faut dire que le Ezra flippé n’est pas forcément tolérant à ce genre de secret. Comme si Gabriel pesait que sa santé mentale n’en valait pas la peine. Comme si ça allait passer tout seul. Oui, ça l’énerve, parce que Gabriel est son meilleur ami, qu’il l’aime, et qu’il lui collerait des baffes parfois. « Pas vraiment. J’en ai parlé avec Carter mais c’était pas aussi grave que maintenant. » Ezra le lâche et lève les yeux au ciel alors qu’il se passe déjà la main dans les cheveux, retenant un soupir d’exaspération. Il est bien parti pour lui dire que ça a été stupide de se taire jusque-là mais le blond prend les devants, devinant sûrement le mécontentement du Andrews. « C’était juste des flashs à ce moment-là et je pensais que c’était à cause de… » Il ne comprend pas tout de suite. Bizarrement le Pegasus ne l’a pas traumatisé autant que Gabriel. Pourtant il s’est pris une balle dans le ventre et a bien failli y laisser sa vie. Le fait est que les conséquences de cette tragédie lui ont trop donné à se soucier pour vraiment focaliser sur la prise d’otage en elle-même. Le fait est qu’‘Ezra est comme ça aussi, en surface, rien ne l’atteint vraiment, à l’intérieur, il ne prend jamais la peine de gérer les choses. A quoi bon d’ailleurs ? Il y a tellement mieux à faire avec les autres. « Et puis, j’ai commencé à voir autre chose. Du feu, souvent. Beaucoup de feu. » Ses yeux se posent à nouveau sur Gabriel et il fronce des sourcils. A ce stade, il pense que ça n’a ni queue ni tête, et clairement, la suite ne va pas aller en s’améliorant. « J’en suis à un point où je n’arrive plus à voir ce qui est réel ou non. J’ai l’impression que… rien ne l’est. Comme si je venais d’ailleurs et que j’étais une autre personne. » Ooook. Là... là, c’est... wow. Une nouvelle fois, Ezra ne sait pas quoi dire tellement il est scié. En fait, c’est même carrément pire que ce que lui a dit Gabriel à la base. Il n’aurait vraiment pas dû attendre... ça a l’air vraiment profond comme mal.

Ezra est déjà en train de réfléchir à qui appeler pour avoir un rendez-vous rapidement. Il faut à Gabriel un neurologue, le meilleur de l’île, peu importe si ça coûte à Ezra les yeux de la tête. Ce sont des pensées réalistes au possible, que le blond vient balayer d’une simple question. « T’as jamais eu l’impression que tout ce qu’on vit sur cette île est faux ? » Gabriel met le doigt sur quelque chose. Parce que c’est vrai qu‘Ezra a parfois cette sensation étrange, celle que, justement, quelque chose sonne faux. C’est bizarre que Gabriel lui sorte cela en ces termes précis. Vraiment, bizarre. « C’est comme si j’étais un putain d’imposteur, tu vois ? Ma carrière, ma vie… J’ai la sensation que ce n’est pas moi mais que c’est pourtant moi. C’est compliqué comme ça, je sais. Même pour moi, ça parait complètement dingue.» Dingue, oui, carrément même. Ezra risque pas de le dire à haute voix, il ne voudrait pas inquiéter Gab, mais oui, ça sonne fou. Mais tout de même, ce ne sont que des impressions qu’Ezra a eu, mais ce que dit Gabriel trouve un écho dans celles-ci. « Je sais pas Gab... » Il est un être de raison, même si il est aussi un artiste. La vie a fait qu’il a toujours dû avoir les pieds sur terre, la tête sur les épaules. Cependant, il se doit d’être franc envers Gabriel, parce que le pauvre se croit fou, et l’est peut-être, mais pas totalement non plus. Pourtant Ezra hésite, il ne voudrait pas l’encourager dans des délires non plus... « J’ai déjà eu cette impression quelque fois mais... » Mais c’est quand même dingue ce qu’il lui raconte. « Des flashs ? Du feu ? » De là à parler de ça... y’a un énorme fossé de franchi tout de même.

Franchement, c’est au-delà de ses connaissances et capacités. Il n’en mène pas large et, pour cause, il n’y entend rien, rien du tout. Ce n’est pas de son aide que Gabriel a besoin mais de celle d’un spécialiste. « Ca va là ? » Ezra lui adresse un nouveau regard inquiet avant de repasser une main dans ses cheveux ce qui traduit le simple fait qu’il ne sache pas quoi faire. « Laisse-moi cinq minutes, ok ? Je reviens. » Il attrape son téléphone et part dans la pièce adjacente pour passer des coups de fil, faire jouer ses relations, et avoir un rendez-vous avec le meilleur spécialiste de l’île le plus rapidement de possible. C’est dans ces moments-là que ça sert d’être multi millionnaire. Quand le Andrews revient, dix minutes plus tard, c’est avec ce qu’il croit être une bonne nouvelle, ou tout du moins, un semblant de solution qui le rassure tout de même. « On a rendez-vous demain à 10h à l’hôpital. » Oui, c’est de l’express, et oui, il compte bien accompagner Gabriel à son rendez-vous. Si il a besoin d’une baby-sitter, alors Ezra aura ce rôle. D’ailleurs, il n’en a pas fini avec Gabriel. « D’ici là... tu vas manger quelque chose. » Il le pointe d’un doigt accusateur avant d’ajouter. « Et dormir. » Si ce grand neuneu ne sait pas s’occuper de lui, alors Ezra le fera, c’est pas un souci pour lui ça.

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Si le bateau coule, si le bateau sombre, je te suivrais, je serais comme ton ombre. Tu me trouveras toujours dans ton sillon, dans les sales moments comme dans les bons. Et si le ciel s'écroule, si les continents plongent, je te suivrais même jusque dans tes songes. — Fauve.
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