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 ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson

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MessageSujet: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Mer 13 Juil - 11:07

❝Passions and unreason❞
Sam Wilson & Victor Shade
Le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu’elles incitent et disposent leurs âmes à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps ; en sorte que le sentiment de la peur l’incite à vouloir fuir, celui de la hardiesse à vouloir combattre et ainsi des autres.


Les dernières nouvelles de Genosha sont pour le moins… déstabilisantes. Ici, une explosion dans un centre commercial, là, une rafle de la Garde Rouge qui dégénère, là encore, une mystérieuse disparition. C’est comme ci tout partait à vau-l’eau, depuis quelques semaines. Ces étranges événements illustrent presque les tourments de mon esprit, comme si une quelconque force supérieure avait décidé de manifester ce que j’éprouve en grandeur réelle. Plutôt effrayant, à bien y réfléchir.
Je replie le quotidien et le glisse sur la table, à côté de ma tasse de thé. Le temps est au beau fixe depuis quelques jours ; comme moi, la plupart des professeurs et élèves du St Magnus High School en profitent pour prendre leur déjeuner dehors. Pour les rasades de whisky, ça se passe plutôt à l’abri des regards indiscrets. Le brouhaha des voix des élèves me parvient enfin alors que je m’extirpe de ma lecture. Comme toujours sur cette pause méridienne, où tout le monde a prévu sandwich, salade, ou étrange bouillie servie au restaurant scolaire, les jeunes gens sont en effervescence. Beaucoup n’ont pas eu le temps de se raconter les dernières nouvelles après un week-end bien chargé – même là, le téléphone portable, Skype et Facebook ne suffisent plus. Chaque minute compte donc pour se remettre à la page. Ragots, rumeurs et autres dénonciations vont bon train. La jeunesse est aussi insouciante que cruelle. Un lycée est un microcosme de ville, avec des sentiments bien plus puissants, plus exacerbés, mais pas moins théâtral. Mes collègues préfèrent généralement rester à l’écart de toute cette bouillonnante activité. Pour ma part, j’en suis plutôt curieux.
Des éclats de voix retentissent soudain quelque part dans la cour. Un regard par-dessus ma tasse de thé m’apprend que deux adolescents en viennent au main. On dirait deux jeunes cerfs en train de s’affronter pour la croupe d’une biche – cette dernière, en l’occurrence, est une ravissante petite blonde aux longs cheveux ondulés, qui les exhorte sans trop de conviction à s’arrêter. Comme toute jeune fille dans cette délicate situation, elle doit éprouver un mélange d’inquiétude et de satisfaction égoïste. Il n’y a pas de dispute si l’objet de celle-ci n’est pas aimé. J’en sais quelque chose.

« Les jeunes ! » soupire la bibliothécaire, tandis que l’athlétique professeur de mathématiques se précipite pour les séparer.

Préférant ne pas commenter, je baisse les yeux vers le liquide fumant que contient ma tasse. Je n’ai jamais été du genre à me battre de cette façon, même lorsque j’étais jeune. Autrefois, je ne comprenais même pas comment deux personnes pouvaient en arriver là. Autrefois. Les choses auraient-elles été différentes si je m’étais battu ? Si j’avais bombé le torse, montré les poings, serré les dents, si j’avais combattu pour l’objet aimé, comme ces adolescents fourmillant d’hormones ou comme un jeune cerf plein de fougue, cela aurait-il changé quelque chose ? Peut-être. Cette question me taraude depuis des jours. Depuis la photographie dans l’unique numéro de The Pulse que j’ai jamais acheté.
Je fronce les sourcils, me redresse quelque peu. Je m’étais pourtant juré de ne pas ressasser cela. Maugréer dans mon coin ne changera rien, hélas : ce qui est fait, est fait, et il n’y a aucune force au monde capable de modifier le passé.

« Et dire que l’année prochaine, ils l’auront tous les deux oubliée, continue la bibliothécaire non loin de moi.
Qui sait ? réponds-je avec un sourire. Il y a peut-être l’homme de sa vie, parmi ces deux-là.
Parce qu’il l’aura engrossée avant la fin de leurs études, peut-être.
Accordons-leur le bénéfice du doute. Il faut bien que jeunesse se passe. Ne me dites pas que vous n’avez jamais été courtisée comme ça au lycée ? »

Elle me gratifie d’un regard glacial, agrémenté d’une moue pincée. Non, ça ne lui est jamais arrivé, et mon petit doigt me dit qu’elle en garde une certaine frustration. Elle détourne les yeux, et nous en restons là. Cela vaut mieux. Je ne suis pas d’humeur à la rassurer sur ses chances de provoquer un tel émoi chez les hommes.
Au détour du bâtiment, une silhouette familière vient cependant me sauver de la mélancolie de la bibliothécaire. S’il y a bien quelqu’un sur qui compter pour me distraire, c’est Sam. Il a le sourire vissé aux lèvres, comme à son habitude : rien ne semble jamais venir assombrir ses journées, et je ne peux que l’admirer pour ça. Je lui adresse un signe de la main pour l’inviter à me rejoindre. La compagnie de mon ami risque de s’avérer bien plus agréable que celle d’une vieille fille aigrie. Après un week-end hors du lycée, nous avons nous aussi plein de choses à nous raconter à l’heure du déjeuner : l’espace d’une heure, nous redeviendrons des adolescents avides de potins et de révélations croustillantes. Sauf qu’à notre âge, ils portent moins sur notre vie sentimentale que sur les récents faits d’actualités.

« Belle journée pour un déjeuner dehors, non ? lui dis-je, soulagé de pouvoir ainsi me débarrasser des commentaires de la bibliothécaire. Alors, reprise calme ou plutôt agitée ? »

Beaucoup d’élèves ont la manie de prendre rendez-vous avec le psychologue aux heures de cours qu’ils aiment le moins. Chez moi, il y a un ou deux habitués ; les autres préfèrent discuter en cachette derrière leurs ouvrages de Kant ou de Bacon – sauf bien sûr quand on aborde les notions de désir, de passions et de liberté, si chères aux adolescents.

« Comment s’est passé ton week-end ? Laisse-moi deviner : une dose d’alcool, une dose de musique et une dose de fille, non ? Avec certaines doses plus grosses que les autres. »

Non loin de nous, la bibliothécaire émet un drôle de bruit, sorte d’expiration agacée par le nez. Je ne peux réprimer un sourire. Mais Sam, lui, a quand même des petits yeux. Il n’a pas dû beaucoup dormir, ce qui en dit long sur ce qu’il a préféré faire pendant ces heures gagnées.

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MessageSujet: Re: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Mer 13 Juil - 16:44



Passions & Unreason

Shady Vicky & Yummy Sammy


Il fait beau et c’est cool. C’est aussi pour ça que t’aimes beaucoup Genosha : tu peux t’y balader en chemise, apprécier le soleil sur ta peau et puis les filles sont souvent bien moins habillées qu’ailleurs. La lumière est agréable, attirant les gens dehors aussi efficacement qu’un buffet gratuit ou qu’un jeu en réalité augmentée. Tu souris sans le réaliser alors qu’une ombre au tableau persiste. Tu dois travailler. T’es pas à St Magnus pour te la couler douce, et le nombre d’élèves qui défilent dans ton bureau te donne déjà le vertige. Ils viennent souvent pour des petits problèmes d’adolescents, mais tu es trop compétent pour ne pas soupçonner, à chaque fois, que derrière une plainte soit-disant futile se cache un malaise plus grand. C’est ça, ce qui est fascinant avec l’adolescence. Tout est exacerbé, hypersensible, et le moindre pétard qu’on croyait mouillé peut se changer en quelques secondes en bombe nucléaire. Tu te sens parfois comme un démineur, à déjouer les pièges et à déceler les points les plus critiques. Il y a des moments où c’est plus difficile, évidemment, mais quand tu vois que l’élève venu.e te voir repart avec un petit sourire, ça suffit à rendre ta journée parfaite.

Ce matin, rien de ce genre ne s’est produit. Seulement des élèves perdus vis-à-vis de leur orientation, des discussions plutôt calmes et sans réel enjeu. Ou alors, tu as loupé un truc. Maintenant que tu y réfléchis… Oui non. Au pire, tu enverras un mail à cet élève pour savoir si tu as vraiment zappé un détail. Cet après-midi même. Tu notes cela dans ton esprit, avant de t’avancer vers un de tes chers collègues, aux prises avec la bibliothécaire. Pas la plus sympa ni la plus avenante des femmes, tu dois l’avouer, et tu t’y connais. Tu le salues d’un sourire et tu t’asseois à côté de lui.

— Ça va c’est calme ! Pas de drame familial ou de tentative de suicide, c’est une belle journée !

Tu préfères en rire qu’en pleurer, même si tu es conscient de la gravité de la souffrance de certains ados. Tu fais un clin d’œil au prof de philosophie avant de sortir toi aussi ton déjeuner.

— Et toi ? Les élèves sont contents de retrouver leur Shady Vicky ?

T’adores l’appeler comme ça, tu trouves que ça lui va super bien. Tu souris toujours avant de rire franchement quand il détaille ton week-end. T’es pas quelqu’un de compliqué, et c’est pas difficile de savoir ce que tu fais quand t’as du temps libre. Tu hoches la tête, tout en levant les mains.

— Je plaide coupable ! Faut bien entretenir ce corps de rêve et le sortir un peu de temps en temps, non ? Toi, t’as fait quoi ? T’as dormi ?

Tu ricanes en haussant les sourcils. Tu le taquines gentiment, sachant pertinemment que tout le monde n’est pas friand de grosses bringues jusqu’à pas d’heure. C’est un monde rude que celui des clubbeurs, et il y a des gens qui ne sont pas taillés pour ça. Les pauvres.


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MessageSujet: Re: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Mer 13 Juil - 22:21

❝Passions and unreason❞
Sam Wilson & Victor Shade
Le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu’elles incitent et disposent leurs âmes à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps ; en sorte que le sentiment de la peur l’incite à vouloir fuir, celui de la hardiesse à vouloir combattre et ainsi des autres.

Le phénomène n’est pas nouveau : le printemps est une saison peu propice à la dépression. C’est au contraire celle des parades amoureuses. Nos chères têtes blondes le manifestent à la perfection. L’intelligence des hommes décroît proportionnellement avec la taille des jupes ; celle des femmes, en revanche, est toujours à son plein potentiel. Elles n’attendent qu’un moment de faiblesse de notre part pour nous changer en marionnettes... et c’est avec un plaisir sans cesse renouvelé que nous tombons dans leurs filets. Elles tissent leurs toiles autour de nous sans même que nous nous en apercevions, et quand enfin nous réalisons que les rets sont tendus, il est bien sûr trop tard. Nous les aimons déjà à la folie. L’on dirait que par une étrange bizarrerie du coeur, la femme aimée communique plus de charme qu’elle n’en a elle-même. Dieu que cela peut être vrai !
Pour Sam, toutefois, l’absence d’adolescent en larmes dans son cabinet constitue un excellent point, et une bonne raison d’arborer un sourire satisfait. Ces jeunes vivent la période la plus difficile de leur vie, la plus ingrate, aussi. L’exacerbation des sentiments rend leurs soucis tout aussi dramatiques. Le moindre tracas passe au rang d’affaire d’état. Le vrai problème, lui, devient une catastrophe à échelle mondiale. L’arrivée du soleil joue sans doute un rôle dans leur bonne humeur actuelle. Tant mieux. J’aime cette période de l’année. Tout devient beaucoup plus calme et plus simple – même si les jeunes coqs rivalisent dans la basse-cour.

« Je ne suis pas certain qu’ils me considèrent comme ‘leur Shady Vicky’, réponds-je, tiquant comme à chaque fois sur le surnom dont Sam m’a affublé. Mais je pense qu’ils sont contents, oui. En tout cas, je n’ai pas encore retrouvé de punaise sur ma chaise. »

Mes carottes râpées finissent par me tenter, alors même que j’avais décidé de les épargner. Imitant Sam, qui entame joyeusement son déjeuner, je donne quelques coups de fourchette dans ma boîte. Il rit à mon analyse de son week-end, pourtant assez pertinente, et finit par y convenir. Bien évidemment, il me retourne la question, et là...
Sam sait très bien que j’apprécie le confort de mon chez moi. Sans être tout à fait casanier, je sors peu, sinon pour une soirée dans un club de jazz. Les boîtes de nuit branchées, me déhancher sur un rythme endiablé – et tout à fait artificiel –, tout cela ne me correspond pas du tout. De toute façon, je suis beaucoup trop grand pour me déhancher ; le résultat serait parfaitement ridicule. Ces derniers temps, cependant, mon humeur n’est pas vraiment aux soirées musicales, ni aux verres pris dans des bars enfumés, où quelques groupes inconnus viennent jouer de leurs instruments en espérant que quelqu’un les repère enfin. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas savouré un bon vin, un livre sur les genoux et du jazz plein les oreilles. L’envie me manque. Comme beaucoup d’autres choses.
Je secoue lentement la tête. Durant un instant, j’envisage même de lui mentir. Sam est cependant quelqu’un d’intelligent, et de très perspicace. Il le verra très vite.

« Oui, j’ai dormi, admets-je. Mais pas seulement. J’ai profité du beau temps pour aller lire au bord de la mer. »

Vrai : j’ai passé trois heures à dévorer mon dernier livre au soleil, justement hier. Il m’a fallu me faire violence pour sortir, mais la motivation m’est tombée dessus sans crier gare – sans doute parce que mon voisin du dessus avait décidé d’écouter du hard-rock toute la journée. Quant à fréquenter des filles, « entretenir mon corps de rêve » et tout ce qui va avec, ça ne fait pas partie de mes priorités. Encore moins depuis quelques mois.
Je prends soin d’éviter le regard d’aigle de mon ami, bien trop perçant pour détecter les soucis dans la tête des autres. L’entendre parler de ses aventures est plus plaisant que s’attarder sur l’absence des miennes.

« Alors, comment s’appelle la nouvelle victime ? Avait-elle seulement un prénom ? Rassure-moi : il n’y en avait qu’une, pas vrai ? »

Près de moi, la bibliothécaire finit par se lever, agacée par la tournure que prend la conversation. Cette femme semble pire que moi. Ça me rassure un peu, en réalité.
Malheureusement pour Sam, je n’ai aucune anecdote croustillante à lui mettre sous la dent. Il va sans doute tenter de me convaincre de partir en virée avec lui un soir, aussi ferai-je mieux de lui trouver quelque chose à grignoter. Mon regard se pose sur le journal posé sur la table et, d’un geste, je le fais glisser dans sa direction. Les dernières nouvelles sont suffisamment terribles pour chasser en lui toute idée de me cuisiner sur mes distractions du week-end.

« Tu as vu les nouvelles ? Une explosion au centre commercial. Ils n’ont pas encore identifié les responsables. »

J’ai fait l’appel avec la boule au ventre, ce matin. Tout le monde était là. À dix heures également. J’espère qu’il en sera de même jusqu’à la fin de la journée. Ces adolescents ont beau être d’affreux chenapans, la perte de l’un d’entre eux m’affligerait vraiment. Il vaut mieux ne pas y penser. J’ai étudié la liste des noms des victimes dont on a pu retrouver l’identité, et n’ai reconnu personne. Si, ils ont parlé de Pietro Lehnsherr. Aussi surprenant que cela puisse paraître, avec tout ce qui s’est passé, j’ai été soulagé qu’il n’ait rien eu de grave. Wanda ne l’aurait pas supporté.

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MessageSujet: Re: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Jeu 14 Juil - 15:04



Passions & Unreason

Shady Vicky & Yummy Sammy


Tu ne peux t’empêcher de rire doucement à la réaction de Vicky. Dans quel chaos est tombée l’éducation de nos enfants si ne pas retrouver de punaise sur la chaise du professeur était un bon signe ? Tu ne peux nier que ton collègue a l’art et la manière de voir le bon côté des choses, mais quand même. Tu sais qu’il plaisante, du moins en surface. Il y a des moments où tu te demandes s’il est aussi stoïque qu’il en a l’air, cependant tu n’es pas venu pour lui tirer les vers du nez. Vous allez simplement prendre un déjeuner tranquille, rythmé par une discussion légère. Laisse ton masque de psy au vestiaire.

— Vérifie oui, si ça se trouve ils t’aiment tellement qu’ils vont pas mettre une punaise mais de la glue. Je te vois bien le cul collé derrière ton bureau tiens !

Tu ris franchement, attaquant sans autre forme de procès ton repas. Victor t’imite, tout en faisant quelques suppositions très sensées et criantes de vérité sur ton week-end. Tu n’es pas du genre secret, et tu ne vois pas pourquoi tu devrais taire ce genre de passion. Tu aimes danser, rencontrer des filles, et les ramener chez toi si elles sont d’accord… C’est un hobby, rien de plus. T’es pas du genre à te poser. Tu l’as jamais vraiment été, sans savoir exactement pourquoi. Tout ça ne reste qu’un jeu, terminé une fois que le lundi pointe le bout de son nez.

Victor te réponds que oui, il a dormi, mais pas que. Tu l’imagines bien au soleil, en train de bouquiner tranquillement. Il est très différent de toi mais c’est ça que tu apprécies chez lui, ce calme et ce silence qui te font souvent défaut. Étrange d’ailleurs, pour un psychologue. Quoi qu’il fasse, Vicky a toujours l’air d’être sous contrôle, posé & réfléchi, plus zen que le Dalaï-Lama. C’en est presque surhumain.

— Oh, c’est cool, tu lis quoi en ce moment d’ailleurs ?

T’es pas un gros lecteur, mais tu avoues être intéressé de loin par la lecture des autres. Si on t’a dit du bien d’un bouquin, t’es généralement plus enclin à aller voir son adaptation au cinéma. Parce que bon, faut bien avouer que les gros blockbusters maintenant, c’est principalement de l’adaptation. Tu vas pas aller te poser pour bouquiner un truc que tu peux regarder en deux heures, non ?

C’est sûrement un autre truc que Victor ne comprendrait pas. Il te dirait certainement que les livres c’est mieux, que l’histoire est plus développée et mieux ficelée mais tu es têtu, et tu éluderais la question très simplement : t’as pas le temps. Enfin, pas pour ça. Pour aller te déhancher et brancher des filles, là par contre, il y a du monde. Vicky n’est pas dupe et loin d’être naïf : il te demande quel était le prénom de l’heureuse élue du week-end, si tant est qu’elle soit la seule. Tu ris. T’en est quand même pas à ce niveau-là.

— Je crois que tu veux pas savoir, Shady. Mais si je me souviens bien, c’était Stefani et Jamie.

Tu lui fais un clin d’œil, et tu retournes pendant quelques temps à manger ton petit repas fait maison. C’est alors qu’il enchaîne sur un autre sujet de conversation, bien plus sombre celui-là. Oui, tu as vu les infos. Il y a eu une attaque au centre commercial, et pour tout dire, tu n’es pas étonné. Tu sens qu’il y a quelque chose de pourri à Genosha, même si tu ne peux t’empêcher d’apprécier l’île. C’est juste que… Quelque chose ne semble pas juste. C’est comme si tu avais l’impression que tout pouvait s’effondrer à tout moment. C’est une sensation étrange qui te prend parfois, comme une vague inarrêtable.

— Il y a beaucoup de choses qui partent gravement en couille ici, si tu veux tout savoir. Ça, je te parie que c’est que la partie émergée de l’iceberg.

Tu as toujours été très intuitif, et même si tu ne peux pas expliquer ce sentiment, tu es certain de sa présence. Ton visage s’assombrit, et l’espace d’un instant, ton regard s’attarde sur une nuée d’étourneaux qui passent au-dessus du lycée. Ouais, c’est chelou.


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MessageSujet: Re: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Jeu 14 Juil - 20:54

❝Passions and unreason❞
Sam Wilson & Victor Shade
Le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu’elles incitent et disposent leurs âmes à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps ; en sorte que le sentiment de la peur l’incite à vouloir fuir, celui de la hardiesse à vouloir combattre et ainsi des autres.

De la glu ? Voilà qui serait bien dans les capacités des monstres que nous tentons d’instruire. Certains d’entre eux auraient toutes les qualités requises pour enduire le siège de leur professeur d’une bonne dose de colle. Si Sam savait de quelle manière je mène mes cours, il ne s’inquiéterait pas pour mes fesses, mais pour mes chaussures : je suis toujours assis sur mon dossier de chaise, les deux pieds sur cette dernière, dans une position un peu précaire qui nourrit tous les paris de mes chers étudiants. Tombera, tombera pas ? Jusqu’à présent, les adeptes de la seconde option ont toujours gagné. J’avoue non sans un peu de honte que je m’amuse de leurs mises.
Peu de gens ont eu l’occasion de me voir enseigner. Chaque nouvelle heure est un renouveau. La philosophie est rarement la matière préférée de ces jeunes gens – elle le devient plus tard, quand, assez mature pour la comprendre, ils s’interrogent sur la nature de leur être, de l’essence divine dont on leur parle depuis toujours, sur des notions terriblement abstraites comme la liberté ou le bonheur. La philosophie devrait peut-être être enseignée plus tard. Les étudiants de faculté seraient sûrement fascinés par les possibilités apportées par un peu de réflexion et d’introspection. Alors il me faut user de ruses pour les intéresser. Je ne crois pas être un excellent acteur : ce que je tente de transmettre, et la façon dont je m’y emploie, est d’une sincérité réelle. Si je marche de long en large à travers la salle, en agitant les bras, en pointant leur cervelle remplie de Coldplay et de Dawson’s Creek, si je les exhorte à penser par eux-mêmes et à sortir des sentiers battus pour explorer, par eux-mêmes, le monde qui les entoure, si je m’assieds de façon curieuse sur ma chaise et si je me passionne pour ce que je dis, ce n’est pas un spectacle théâtral. C’est simplement ce que je suis, au fond, même si je le manifeste peu en temps normal. Je crois que Sam serait véritablement surpris de me voir à l’œuvre.

« Je lis « Le Missionnaire ». Et non, il ne s’agit pas d’une position du kama-sutra. Ça te plairait sûrement beaucoup : il est question d’alcool, de fêtes et de filles. »

Et je suis parfaitement sérieux. Même si Sam n’est pas un adepte de la lecture débridée, il aimerait sans doute cette histoire de rite initiatique, qui invite à la réflexion sur soi-même. Il faudrait simplement qu’il accepte de se poser quelques instants, d’éteindre son téléphone portable et de couper la télévision. Bon, d’accord, non, ça ne lui plairait pas.
Je ris quand il me donne les noms de ses conquêtes du week-end. Je n’ai aucun mal à imaginer les nommées Stefani et Jamie – même si Sam me fait marcher, il serait tout à fait capable de ramener deux filles en même temps. Il dégage tellement d’assurance que les femmes hésitent peu avant de se laisser tenter. Il est bel homme, ce qui ne gâche rien. Parfois, j’envie presque la simplicité avec laquelle il mène son existence. Bon, la mienne n’est pas spécialement compliquée non plus...
De l’autre côté de la cour, les deux jeunes cerfs ont abandonné la lutte, plus convaincus par les menaces du professeur de mathématiques que par les belles paroles qu’il aurait pu leur transmettre. Ils se jettent un regard noir et s’éloignent l’un de l’autre, non sans maugréer dans leur duvet. Nul doute qu’ils y reviendront un peu plus tard. Leur ravissant objet de désir, elle, décide de les planter là tous les deux et de rejoindre ses amies. Elles minaudent et prétextent que leur combat était ridicule et puéril. En réalité, toutes jalousent leur amie, qui elle-même a de la peine à cacher son petit sourire satisfait. Ah ! la jeunesse...

« Il y a beaucoup de choses qui partent gravement en couille ici, si tu veux tout savoir, me glisse soudain Sam, bien plus sérieux qu’un instant plus tôt. Ça, je te parie que c’est que la partie émergée de l’iceberg. »

J’ignore de quoi il parle exactement, mais il a probablement raison. Si je n’emploierais pas tout à fait les mêmes termes que lui, je sens moi aussi que quelque chose se trame. Il y a toujours eu des problèmes sur Genosha, comme partout ailleurs : des activistes, des protestations, des crimes, de la corruption... Nous ne pouvons pas nous considérer au-dessus de tous les autres pays du monde. Les passions humaines sont les mêmes partout ; l’attrait pour le pouvoir, l’argent, la reconnaissance, se retrouve où qu’on aille. Mais depuis quelques semaines, voire mois, les choses semblent dégénérer à un rythme bien plus soutenu qu’auparavant. La violence devient monnaie courante. Les rafles de la Garde Rouge aussi. Les journaux en parlent à demi mots, comme si les journalistes craignaient de finir emmenés, eux aussi.
Mais ce qui se passe réellement, personne ne le sait, hormis les principaux concernés. Je ne suis pas certain de vouloir le savoir. Ma vie semble peut-être simple, vue de l’extérieur, mais elle me paraît bien assez compliquée pour moi. Me débattre avec les soubresauts de mon cœur me suffit amplement.

« Je t’avoue que je ne sais pas quoi en penser, dis-je avec circonspection. Il n’y a pas eu de revendication pour le moment. Personne ne sait qui a fomenté cet attentat. Mais le nombre de victimes est... effarant. Tu devrais peut-être passer dans les classes pour en parler avec les élèves. Ils doivent être choqués après tout ça. »

Ils n’en ont pas l’air, à les voir se prélasser sur les pelouses verdoyantes du lycée. Pourtant, les adolescents sont très au fait de l’actualité – merci aux réseaux sociaux – et ont une excellente notion de ce qui est dramatique. Surtout de ce qui est dramatique, en fait.

« Viens dans ma classe après la pause déjeuner. Une discussion avec toi et moi rassurera les élèves. Et ce sera une bonne entrée en matière pour mon prochain cours sur la cruauté. »

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MessageSujet: Re: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Sam 16 Juil - 5:03



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Shady Vicky & Yummy Sammy


Oh, tu es quelqu’un de simple. Tu penses que les chaises sont faites pour s’asseoir dessus, mais tu as sûrement un point de vue sur la vie un peu étriqué, peut-être ? Tu n’imagines pas un seul instant que Vicky soit du genre à se tenir de façon si originale, surtout pour un prof de philo. La plupart du temps, ce genre de profs s’affale dans sa chaise et parle d’une voix monotone pendant tout le cours. Assez étonnamment, tu n’as pas songé que Victor puisse être différent.

Enfin, tu discutes, il te parle de ses lectures et tu en demandes plus. Un peu par politesse, mais aussi pour être au courant des prochaines sorties cinéma. C’est tordu, mais ces dernières années, ça marche plutôt bien. Cependant… Tu doutes fortement qu’un film s’appelant ‘Le Missionnaire’ ne sorte sur les écrans de Genosha. T’éclates de rire en entendant le titre, avant même que Victor ne puisse se défendre en te disant que non, ce n’est pas ce que tu crois. Oui, oui, bien sûr. Ce n’est jamais ce que tu crois et Victor n’a jamais lu de roman un peu sous la ceinture… Tu parles !

— Si ça parle de fêtes, de filles et d’alcool, alors ça parle forcément, à un moment ou à un autre, de kamasutra. Crois-moi, j’en connais un rayon !

Tu lui balances un clin d’œil amusé, continuant à rire doucement. Ta bonne humeur s’efface quand il évoque l’explosion du centre commercial. Il se passe beaucoup de choses étranges à Genosha ces derniers temps, de quoi se terrer de peur chez soi. Heureusement que ce n’est pas ton genre. Tu affrontes la réalité, aussi crue soit-elle. Cela dit, tu dois avouer que tu n’avais pas pensé passer dans les classes. Ce n’est pas une mauvaise idée, pas du tout même, et tu hoches lentement la tête à l’intention de Victor.

— Ouais t’as raison. On va en parler, ce sera sûrement intéressant…

Victor ajoute que ça lui permettra aussi de faire une bonne transition avant d’attaquer un autre cours, ce qui attise ta curiosité. Et puis, ça te distrait un peu de la nuées d'oiseaux qui t'hypnotise.

— Tu bosses sur quoi en ce moment ?

Tu risques de ne pas comprendre la réponse, toi pour qui la philosophie n’avait jamais été qu’un cours où tu pouvais rattraper un bout de tes nuits trop courtes. Mais tu poses quand même la question, parce que tu aimes la voix de Vicky, et qu’il pourrait effectivement te faire un cours sans que tu n’en tombes de fatigue & d’ennui. Pour toi, c’est ça un bon prof, et malheureusement, ça ne court pas les rues.


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MessageSujet: Re: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Sam 16 Juil - 17:18

❝Passions and unreason❞
Sam Wilson & Victor Shade
Le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu’elles incitent et disposent leurs âmes à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps ; en sorte que le sentiment de la peur l’incite à vouloir fuir, celui de la hardiesse à vouloir combattre et ainsi des autres.

J’apprécie le professionnalisme de Sam. Nous allons avoir beaucoup à faire avec les élèves, et il ne rechigne pas à la tâche. Les adolescents dont nous nous occupons jouent parfois aux bravaches, feignent ne pas être touchés par les événements, mais ils se posent de nombreuses questions et s’inquiètent de ce qui se trame. Qu’est-il arrivé exactement ? Seront-ils en sécurité la prochaine fois qu’ils sortiront quelque part ? D’après le journal, les premiers témoins parlent d’une bombe, peut-être même de quelqu’un doté d’une ceinture d’explosifs. Difficile de connaître la vérité : ceux qui se trouvaient au plus près ne peuvent plus apporter leur éclairage sur ce qui s’est passé. Une chose ne fait cependant aucun doute : l’acte était criminel. Et ça, les jeunes ont beaucoup de mal à l’accepter. Quand ils entendent, à la télévision ou à la radio, qu’une bombe a explosé quelque part, cela se passe toujours dans un pays lointain dont ils ne connaissent pas la capitale, pour la plupart. Qu’une telle horreur se produise à deux pas de chez eux... c’est inimaginable.
Certains parents prennent les devants et expliquent les événements à leurs enfants. La plupart du temps, ces jeunes-là ne posent ensuite aucun problème. Les autres, en revanche, ceux qu’on tient à l’écart de ces « choses d’adultes », continuent à nourrir leurs questions et leurs angoisses sans pouvoir leur apporter de réponse. C’est à nous, professeurs, de prendre le relais. À nous de mettre des mots sur l’innommable.
Je remercie Sam pour son intervention future, conscient de l’importance que cela revêt pour les élèves. Mes paroles seront de l’ordre de la raison, du questionnement et de la pensée ; les siennes seront plus portées sur les émotions et la façon de les gérer. Nous serons ainsi complémentaires. Qui plus est, je pense qu’ils seront moins braqués par la seule présence d’un enseignant : je suppose qu’en tant que psychologue, mon ami les incitera plus aisément que moi aux confidences.

« Oui, ça leur fera du bien, confirmai-je. Et tu seras beaucoup plus compétent que moi sur le sujet. »

Tous les gens qui me connaissent bien le savent : je n’ai jamais été très doué pour évoquer mes sentiments ou pour accueillir ceux des autres. Ce n’est pas vraiment conscient. Parler de ce que j’éprouve m’est difficile, voilà tout. Et la seule fois où j’ai consenti à montrer mes sentiments, j’y ai laissé des plumes ; je ne compte pas m’y laisser prendre à nouveau. Si les élèves me demandaient ce que j’éprouve, moi, face à toute cette violence, je ne serai pas capable de leur répondre.
Pourtant, mes sentiments existent bel et bien. La colère, la tristesse, l’effroi, l’angoisse, je les ressens comme n’importe qui d’autre. J’ai égrené la liste des victimes en priant pour n’y trouver aucun nom connu. Le dégoût m’a saisi lorsque la radio a évoqué ces enfants mutilés, ces familles brisées. Mais je ne peux pas l’exprimer avec des mots. Il n’est pas question de honte, d’embarras ou de pudeur ; c’est un simple blocage qui m’a toujours saisi, et que je n’ai jamais réussi à lever. Certains mots n’ont jamais franchi mes lèvres – bien sûr, je le regrette à présent : les choses auraient peut-être été différentes si j’avais su les prononcer.

« Tu bosses sur quoi en ce moment ? demande tout à coup Sam, s’arrachant à la contemplation d’une volée d’étourneaux.
On va commencer à parler de la cruauté. Vaste sujet s’il en est… et typiquement humain. C’est assez terrible d’entamer cette partie du programme après ce qui vient de se passer, mais c’est comme ça. Ils réussiront peut-être à exorciser leur traumatisme en travaillant là-dessus. »

Un peu présomptueux, j’en conviens, mais sans doute vrai.

« Un tel attentat va les confronter à une réalité assez terrible. L’homme peut être cruel, surtout envers les siens, sans distinction de l’âge, du sexe ou de la couleur de peau. Le pire, dans tout cela, c’est que la cruauté fait partie de l’homme – l’homme d’aujourd’hui, pas celui d’autrefois. Celui-là était instinctivement bienveillant envers son semblable. Mais la société a changé et l’instinct aussi. Aujourd’hui, si on se retient de tuer, ce n’est pas à cause de notre bienveillance naturelle : on nous a enseigné des codes moraux et des valeurs qui nous obligent à arrêter notre main. Sans cela… »

Je m’interromps, prenant tout à coup conscience que je suis en train de lui délivrer un cours magistral. Or, la philosophie ne consiste pas à imposer son point de vue aux autres, mais à discuter, à débattre. Plus les avis sont nombreux, plus les échanges deviennent intéressants. Quant à Sam, cela lui passe peut-être au-dessus. Il préférerait sans doute se concentrer sur les deux hirondelles qui viennent de passer en pépiant, pour se réfugier sous la gouttière du gymnase.
Je lui adresse un sourire d’excuse. Mais, après tout, c’est lui qui voulait savoir.

« Désolé, je m’emporte », lui dis-je.

Un instant de réflexion, le temps d’avaler une autre fourchette de carottes râpées, puis je reprends :

« Penses-tu que le sujet risque d’être trop délicat après ce qui vient de se passer ? » Du menton, je désigne le journal entre nous. « Je devrais peut-être oublier celui-ci pour le moment et leur faire travailler le suivant. Le désir. »

Des éclats de voix m’interrompent ; je lève la tête pour voir ce qui se passe. Dans la cour, un attroupement s’est formé. Si j’en juge par les « Vas-y ! » et les « Arrêtez ! », il y a un nouveau pugilat en cours. Les belligérants sont-ils les mêmes que tout à l’heure, ou d’autres, l’esprit échauffé par les températures printanières ?

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MessageSujet: Re: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Dim 24 Juil - 17:42



Passions & Unreason

Shady Vicky & Yummy Sammy


Les élèves de St Magnus sont sûrement choqués et atteints plus qu’on ne peut l’imaginer par les récents événements. Certains t’en ont déjà parlé, mais tu dois avouer que tu n’avais pas pensé à en discuter directement avec eux, à faire un premier pas pour dénouer des situations dont ils n’avaient peut-être même pas conscience qu’elles étaient nouées en premier lieu. Vicky a eu une sacrée bonne idée, et même si c’était du boulot supplémentaire, c’était pour ça que t’avais signé. Tu reculerais pas maintenant, d’autant plus que la présence du professeur de philosophie était un avantage non-négligeable. Une présence rassurante, mieux connue, un visage plus familier… De quoi les mettre en confiance, et pour les plus irréductibles, leur donner l’impression qu’ils perdent un cours à taper la discute. C’est parfois ce qu’il faut faire, pourtant, ‘sacrifier’ une séance de cours théorique un peu chiant pour faire le point, casser la routine, renouer un lien prof-élève qui tend à devenir de plus en plus compliqué à gérer. Montrer aussi qu’on est pas des robots, ni nous, ni eux.

— Sur le sujet d’un point de vue psychologique, mais pour la philo c’est toi le spécialiste. Je pense qu’avoir les deux outils pour comprendre ce qu’il se passe et désamorcer les soucis est sûrement une très bonne chose.

Tu parles trop sérieusement, ça te fait presque bizarre. Tu cultives cette image décontractée, insouciante, presque insolente, histoire de mieux cacher ce pan de toi qui est on-ne-peut-plus sérieux, quasi-dramatique. Pourquoi tu le caches, ça c’est une bonne question, mais tu n’as pas la réponse. Tu as déjà du mal à admettre que tu caches quoi que ce soit.

C’est peut-être pour ça que tu recentres la conversation sur Vicky. Tu lui demandes sur quoi lui et ses élèves sont, histoire de ne pas trop tomber comme un cheveu sur la soupe en venant voir si tout va bien dans leurs vies. Tu l’écoutes, comme un de ses élèves le ferait — peut-être même mieux qu’eux — et quand il s’arrête tu te surprends à être un peu déçu. T’aurais bien voulu qu’il continue.

— C’est super intéressant ! Vraiment. Et du coup oui, j’avoue que c’est raccord avec ce dont je vais leur parler… parfait !

Pourtant, il hésite. Il te dit qu’il pourrait très bien passer à la suite, le désir, un autre thème qui aura le don de les émoustiller — à moins que Vicky soit vraiment mauvais et que ça leur coupe toute envie — mais tu secoues la tête. Le temps n’arrange pas tout, et tu es persuadé qu’on peut parler de tout n’importe quand, du moment qu’on le fait avec les bons mots. Bien amené, le sujet peut se révéler moins épineux que prévu. Après, tout le monde n’est pas égal face à ça, et tu n’exclues pas de devoir épargner la discussion à certains.

— Si on fait attention, ça devrait bien se passer. On les prévient, on voit s’ils sont ok ou pas, et on avise sur le moment. Si la majorité de ta classe est partante, je vois pas le souci. Et au pire, mon bureau est toujours ouvert.

Tu souris, tu continues à manger et tu suis le regard de Vicky qui se pose sur un nouveau pugilat adolescent. Tu soupires doucement, te disant que c’est quand même malheureux d’en arriver là mais que, quelque part, ça reste inévitable ou presque. La jeunesse, tout ça.


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MessageSujet: Re: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Jeu 8 Sep - 10:38

❝Passions and unreason❞
Sam Wilson & Victor Shade
Le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu’elles incitent et disposent leurs âmes à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps ; en sorte que le sentiment de la peur l’incite à vouloir fuir, celui de la hardiesse à vouloir combattre et ainsi des autres.

Sous ses dehors de fêtard et d’ardent défenseur de la liberté, Sam reste un psychologue, et l’un des plus compétents que je connaisse. Il comprend les adolescents – sans doute bien mieux que moi, d’ailleurs. À nous deux, nous parviendrons sans doute à dissiper une partie de leur crainte, ou en tout cas à leur permettre de les exprimer. Les jeunes prennent tout tellement à cœur. Ils se disent je-m’en-foutistes, détachés du monde bassement matérialistes dans lequel ils sont pourtant parfaitement intégrés, avec leurs portables et leurs réseaux sociaux, mais ils suivent l’actualité avec bien plus d’intérêt qu’ils ne le pensent eux-mêmes. Ils ne l’admettront peut-être pas, certains joueront même les fanfarons, alors qu’au fond, ils en éprouveront une véritable angoisse.
Pour ma part, ces récents événements me rappellent que la vie est pareille à la flamme d’une bougie. Elle est brillante, brûlante, et pourtant le moindre souffle peut suffire à la faire disparaître. Nous sommes éphémères. Un attentat nous rend encore plus anecdotique à l’échelle de la planète. Combien de personnes ont-elles perdu la vie au centre commercial ? Combien d’autres se sont-elles vues mutilées ? Combien de traumatismes, d’existences gâchées, transformées à jamais ? Combien de regrets et d’occasions repoussées au lendemain, qui ne se concrétiseraient jamais ? La fourchette en l’air, songeur, je laisse mes pensées s’égarer. Comme toujours, elles me ramènent à Wanda. Si j’avais été au centre commercial, moi aussi, j’aurais perdu toute chance de la revoir un jour – même si je doute que cela arrive. Si elle avait été au centre commercial…
Je secoue la tête pour chasser cette pensée et me concentre de nouveau sur mon repas. Je n’étais pas au centre commercial, Wanda non plus. Les journaux en auraient fait leurs gros titres et Genosha aurait été en deuil pour longtemps. Les filles, qui admirent presque toute l’héritière de la maison Magnus, auraient pleuré toutes les larmes de leur corps à la récréation – ou bien, charitables, se seraient portées volontaires pour soulager la peine du beau Pietro. Tout va bien, au moins pour nous deux.

« Si on fait attention, ça devrait bien se passer. On les prévient, on voit s’ils sont ok ou pas, et on avise sur le moment. Si la majorité de ta classe est partante, je vois pas le souci. Et au pire, mon bureau est toujours ouvert.
Me diras-tu un jour pourquoi tu tiens tant à cacher ton professionnalisme ? lui réponds-je, amusé. Tu as beau dire, tu es beaucoup plus intéressé par ce qui leur arrive que tu ne veux bien l’admettre. Ou alors, c’est de la curiosité : qu’ont-ils donc dans la tête ? »

Je regarde les deux jeunes coqs qui ont commencé à se battre. Le professeur de mathématiques n’a pas l’air de vouloir intervenir, cette fois – sans doute en a-t-il assez de toutes ces chamailleries d’adolescent. L’appel du déjeuner est finalement le plus fort, même pour lui.

« Je pense qu’ils seront tout à fait partants pour discuter de tout ça. De toute façon, même s’ils ne l’étaient pas, entre discuter des attentats et suivre un cours de philosophie, je pense que leur choix sera vite fait. »

Il ne faut pas se faire d’illusion : ma matière est loin d’être la préférée de mes élèves. Ils viennent parce qu’ils n’ont pas le choix, mais quand ils quitteront le lycée, ils oublieront toutes mes belles leçons sur la pensée et la réflexion. Dommage… à leur âge, je me passionnais déjà pour le pouvoir de l’esprit. Et, après tout, ça m’a plutôt bien servi, dans la vie.
Finalement, je me décide à faire ce que mes collègues ont décidé d’ignorer : je pose ma fourchette dans la boîte-repas et me lève. Je suis content d’avoir pu discuter avec Sam. Il masque peut-être son expérience derrière une façade insouciante, mais il connaît son travail et tout ce qui en découle. Et puis, cette même insouciance me fait aussi du bien, force est de le reconnaître : j’y perds un peu de mon sérieux et de ces idées noires qui m’assaillent depuis quelques temps. En définitive, même s’il ne le sait pas, c’est presque une thérapie que me fournit Sam chaque fois que nous discutons. Je crois en avoir presque autant besoin que nos élèves.

« On se voit tout à l’heure, alors, lui rappelé-je avec un sourire. Pour l’instant, je vais aller tenter de convaincre les duellistes de bien vouloir se calmer, et d’attendre au moins la sortie du lycée avant de se mettre à mort. Sous nos yeux, ça ferait désordre. Merci encore. »

Et je m’éloigne en direction de l’attroupement qui s’est formé. Ce sont bien les mêmes que tout à l’heure. Décidément, cette jeune fille doit en valoir la peine, pour qu’ils risquent à nouveau une exclusion pour le simple plaisir de la courtiser. Je devrais peut-être en prendre de la graine…

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MessageSujet: Re: ❝Passions and unreason❞ + ft. Sam Wilson   Ven 16 Sep - 10:53



Passions & Unreason

Shady Vicky & Yummy Sammy


Tu ne peux pas t’empêcher de sourire quand Vicky te renvoie un autre compliment, soulignant à quel point tu peux être sérieux dans ton travail. À vrai dire, tu n’y as jamais vraiment pensé. Ton métier de psychologue est avant tout une passion, une vocation, et tu comprends soudainement que ce serait impensable pour toi de ne pas y mettre tout ton cœur.

— J’ai une réputation à conserver, voyons ! Si mes potes s’aperçoivent que je suis vraiment compétent, je vais passer pour quoi !? Non non, il faut que j’entretienne mon image de mec détendu du slip, tu sais. Tu diras rien, hein ? C’est notre petit secret, ok ?

Ton sourire s’élargit, signe que tu as bien pris en compte le compliment de ton collègue et ami. Vicky a toujours un mot gentil pour tout le monde, sans pour autant passer pour un flagorneur. Tu admires ça chez lui, et c’est aussi pour ça que tu aimes autant traîner avec lui. Bon, tu le trouves un peu négatif dès qu’il s’agit de parler de lui ou de ses cours, mais t’as presque envie de dire que c’est normal. T’as lu quelque part une petite histoire à laquelle tu penses souvent : les gens ont leurs défauts affichés sur le ventre et leurs qualités dans le dos ; on a sous les yeux les qualités des autres, mais on est incapable de voir les nôtres. Tout ce qu’on peut voir et analyser, ce sont nos points négatifs, et on a besoin d’un œil extérieur pour comprendre ce qu’on vaut vraiment.

C’est une petite fable que tu racontes parfois aux élèves qui viennent te voir, qui fait parfois mouche. Pas en ce qui te concerne, bien sûr. Tu es assez confiant pour savoir quelles sont tes qualités, et c’est aussi pour ça que tu acceptes aussi bien les compliments. Tout le monde n’en est pas capable. Bref, tu soupires quand Victor souligne que son cours n’est pas intéressant pour la plupart de ses élèves. C’est peut-être vrai, après tout, t’es pas dans sa classe. Mais bon, c’est pas un truc à dire.

— Ils auront l’air con quand ils se rendront compte qu’on fait les deux, en fait. Ça les changera un peu, mais ça veut pas dire qu’ils n’apprendront rien… Après, je peux te dire que ça se bouscule pas au portillon de mon côté non plus. Personne n’a envie de passer pour un paumé ou un cinglé.

Ce que les ados oublient souvent, c’est qu’ils sont bien moins seuls qu’ils ne veulent bien le croire. Être paumé, à cet âge-là, c’est plutôt la norme que l’exception. Tu finis ton déjeuner en songeant à ce qui t’attends cette après-midi encore, ou si tu vas pouvoir le passer à jouer sur ton téléphone par désœuvrement. Il y a parfois des moments creux où tout va bien, et tu ne vas pas t’en plaindre. Ça n’arrive pas souvent, cela dit… mais ça arrive.

Vicky se lève et prend congé de toi en annonçant qu’il faut bien séparer les pugilistes amateurs. Tu le laisses faire avec un sourire, inclinant la tête pour lui dire au-revoir.

— On se revoit plus tard !

Il y a de grandes chances que l’un des combattants au moins finisse dans ton bureau, cet après-midi ou demain : le proviseur ne pouvait pas régler tous les problèmes, et parfois, une longue discussion valait mieux qu’une punition. La plupart du temps même. Tu en étais convaincu.

Tu regardes Vicky s’éloigner, et quand tu as enfin terminé ton déjeuner, tu disparais dans ton bureau. Même sans affluence, tu te souviens que tu as trouzmille dossiers à ranger, et que ton téléphone va devoir attendre un peu. Ah, le boulot, trop dur la vie.


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