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 Hurricane + Albera

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MessageSujet: Hurricane + Albera   Lun 8 Mai - 14:45

Hurricane

Laura
&
Albert


Ce matin-là, dès que Laura avait ouvert les yeux, elle avait senti la nervosité lui prendre au ventre. Ce qui était insensé. Ce n’était pas le pape qu’elle devait voir aujourd’hui, mais Albert. Son meilleur ami. Celui avec qui elle passait tout son temps libre depuis le lycée. Mais dans les circonstances, il était normal qu’elle soit anxieuse de le revoir. Al avait été enfermé dans l’Alpha House pendant plus de quatre mois et Laura n’avait pas pu lui rendre visite. Elle en avait tout simplement été incapable. Toutes les semaines, elle avait tenté de s’y rendre, mais dès qu’elle approchait trop près du bâtiment, elle était envahie d’une panique immense et la culpabilité prenait toute la place. Si bien qu’elle faisait aussitôt demi-tour et ravala sa colère contre elle-même. Tout était parti en vrille dans sa vie depuis le Pegasus. Elle s’en voulait terriblement d’avoir participé à ce sérum qui avait envoyé bien des gens en quarantaine loin de leurs familles et amis. Elle s’en voulait de faire partie, même si ce n’était que de loin, d’une organisation qui s’en était pris à des innocents pour rien au final. Un meurtre de sang-froid avait été commis directement sous ses yeux par un psychopathe. Rachel et Kitty avaient été à l’hôpital de nombreuses semaines. Le petit-frère de son bon ami Ethan avait été enlevé devant elle et elle était restée figée. Elle n’avait émis aucun son pour empêcher le psychopathe de s’emparer de l’adolescent. Finalement, elle avait été aux premières loges pour voir Albert se faire massacrer par une folle furieuse. Ces images l’a hantaient toujours. Elle avait eu si peur pour lui. Si peur que cette femme masquée pour qui elle avait ressentie une haine intense lui prenne son meilleur ami à jamais. Heureusement, Al s’en était sorti miraculeusement et Laura aurait dû courir pour le voir dès son réveil. Mais elle ne l’avait pas fait. Plus elle repoussait sa visite, plus elle se disait que cela ne servait plus à rien qu’elle y aille. Mais Albert était sorti à présent, depuis trois jours. Ses doigts l’a démangeaient de lui téléphoner depuis qu’un remède avait été trouvé. Mais elle lui avait laissé le temps de se retrouver chez lui dans ses affaires avec sa sœur et sa chienne. En fait, ce n’était qu’un prétexte pour ne pas avoir à y aller et se retrouver face à lii. Elle appréhendait la réaction du jeune garçon. Il devait la détester. Et elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle l’avait laissé tomber. Elle n’avait pas été là pour le soutenir et lui remonter le moral. Même Kitty et Rachel étaient allées lui rendre visite. Laura n’avait pas pu les suivre. Trop d’émotions contradictoires la rongeaient. Elle n’avait pas agi comme une bonne amie. Elle sentit des larmes de colère lui monter aux yeux. Pourquoi était-elle si faible et si idiote?

Laura savait bien qu’elle ne pouvait pas continuer d’éviter son ami et qu’elle devait prendre son courage à deux mains. C’était à elle de faire les premiers pas puisque c’était elle la fautive. Mais son courage était enfoui bien loin. Avant de partir, elle ouvrit une boite métallique avec un code numérique et s’empara d’un couteau. Elle souleva sa manche de chandail et fixa les cicatrices qui striaient tout son avant-bras. Elle serra la poignée du couteau effilé et fit glisser la lame sur sa peau. Elle serra les dents, pencha la tête vers l’arrière et ferma les yeux laissant la douleur l’envahir. Laura savait que ce qu’elle faisait n’était pas bien, que c’était immoral mais c’était la seule solution qu’elle avait trouvé pour se sentir mieux. La drogue et l’alcool n’avaient jamais eu d’effets sur elle, tandis que l’automutilation la mettait dans un état euphorique. Ironiquement, cela la calmait. Elle avait trouvé ce moyen inhabituel de s’apaiser il y avait quelques semaines lorsque d’énormes lames d’un métal inconnu étaient littéralement sortis de ses jointures.  Elle ne comprenait toujours pas ce qui s’était passé et elle tentait de chasser cet épisode de sa mémoire tellement il avait été terrifiant, mais même si elle avait eu extrêmement peur, que ça lui avait fait un mal de chien et qu’elle avait voulu mourir, elle avait ressenti un profond bien-être. Comme si c’était le karma qui la blessait pour la punir de toutes ses mauvaises décisions. Elle avait honte, mais pour le moment c’était tout ce qu’elle avait. Elle prit une grande respiration et nettoya la mince plaie d’où sortait un liquide rouge vif. Elle enroula son bras dans un tissu aseptisé et remit sa manche par-dessus. Elle nettoya la lame et rangea tout dans le coffre qu’elle cacha au fond de son garde-robe sous un tas de vêtements. Elle regarda son reflet dans le miroir et se força à sourire pour cacher le visage coupable et triste qu’elle affichait depuis quelques temps.

Sur le chemin pour se rendre à l’appartement des Moon, Laura tourna les talons à plusieurs reprises, mais elle se ressaisissait. Elle n’avait pas le droit de se dégonfler. Et puis, il lui manquait terriblement. Elle avait besoin de lui plus que jamais. Elle se sentait perdue. Elle voulait le voir. Arrivée devant leur porte, elle prit une grande respiration et toqua à la porte. C’est Cindy qui lui avait répondu avec un visage neutre. Laura avait serré les dents et les poings s’attendant à ce que la brune pointe un doigt accusateur vers elle, mais au lieu de cela elle soupira un "Enfiiiin. Il est dans sa chambre. " Elle lui avait même sourit avant de lui laisser la place pour passer. Laura lui avait souri timidement à son tour en esquivant son regard. Son cœur s’était mis à battre rapidement alors que ses pas la menèrent devant la chambre de son ami. Elle ne pouvait plus reculer désormais. Elle se trouvait dans l’antre du dragon. La porte de sa chambre était légèrement entrouverte et de la musique s’échappait de la pièce. Elle ouvrit et referma à plusieurs reprises ses mains moites, s’assura que son chandail cachait bien ses bandages et poussa doucement la porte. Un sourire s’afficha aussitôt dès qu’elle l’aperçu. Comme si sa vie reprenait un certain sens maintenant qu’elle l’avait devant elle. "Salut. " Dit-elle simplement ne sachant pas quoi dire dans cette circonstance un peu bizarre.




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MessageSujet: Re: Hurricane + Albera   Mer 10 Mai - 21:42


Hurricane
Laura & Albert
♠ ♣ Tell me would you kill to save a life ? Tell me would you kill to prove you're right ? Crash, crash, burn, let it all burn. This hurricane's chasing us all underground. No matter how many deaths that I die I will never forget. No matter how many lives that I live, I will never regret.  

Un, deux, trois. Je tenais le compte dans ma tête. Quatre, cinq, six. Je gardais les yeux fermés en soupirant, chassant la panique qui me nouait l’estomac. J’avais bêtement pensé que retrouver ma chambre me ferait me sentir mieux. Retrouver mes repères, un endroit familier qui ne ressemblait pas à un complexe médical. Pour être honnête, je n’avais jamais été aussi heureux de quitter un endroit, surtout si ça me permettait d’en finir avec les prises de sang. Les dernières avaient été un tel calvaire que je ne voulais plus voir la moindre aiguille m’approcher. J’avais trop peur que ça me provoque de nouvelles crises d’hallucinations comme ça avait été le cas lors des derniers jours. Pour ne rien changer, je mentais à tout le monde. Je mentais quand on me demandait comment j’allais après tout ça. Je mentais quand ma soeur me demandait si j’allais bien, au moins une quinzaine de fois par jour depuis mon retour. J’étais dehors depuis trois jours. Trois jours. Après autant de temps à l’intérieur de l’Alpha House, j’avais du mal à réaliser que tout ça était derrière moi. J’étais à la maison. Tout devait aller bien, non ?

Non, tout n’allait pas bien. Je continuais de compter jusqu’à vingt en me concentrant sur la musique qui s’échappait de mon ordinateur. Exactement quatre heures après mon retour à la maison, j’avais eu une crise de panique et j’avais écouté de la musique avec le casque sur les oreilles et le volume à fond. J’avais répété l’opération cinq fois dans la nuit, avant qu’un mal de crâne ne m’oblige à me passer du casque. Pour éviter que Cindy ne débarque dans ma chambre en me hurlant de baisser le volume, je le mettais suffisament fort pour me concentrer sur la musique qui jouait, mais assez faiblement pour que ça ne s’entende pas depuis le salon. J’ouvrais enfin les yeux, tombant sur la page blanche qui s’affichait sur mon écran et le curseur qui clignotait tel un néon. Je pouvais presque entendre le bruit qu’il faisait en disparaissant et réapparaissant, me narguant de mon manque d’idée. J’avais manqué cinq mois de cours et la période d’examen approchait. Et j’avais un retard monstre dans mes travaux à rendre. Je m’étais naïvement imaginé que je pourrais m’y mettre pour chasser les idées noires qui m’assaillaient de toutes parts. Quel idiot. Quel foutu idiot. Bien sûr que je n’arriverais pas à me concentrer dessus. Je repoussais rageusement ma chaise pour aller m’échouer sur mon lit. Le bilan des cinq derniers mois ? J’étais en miette. Je m’en étais sorti par on ne savait quel miracle, en ne conservant comme unique séquelle physique une ignoble cicatrice sur la joue gauche qui me barrait presque le visage en deux. Un peu plus, et j’y laissais un oeil. Heureusement que j’étais déjà dans les vapes quand la mezzanine s’était effondrée sur moi à cause des explosions. Ma jambe allait mieux, je pouvais presque la plier entièrement et marcher sur de longues distances sans avoir besoin de faire de pause. J’avais vérifié ça moi-même la veille. Jamais un simple tour du pâté de maison ne m’avait fait autant de bien.

Physiquement, j’allais bien. Mentalement… C’était autre chose. Il y eu un enchaînement de circonstances étranges. La prise d’otage, l’Alpha House, les hallucinations, l’absence de Laura. J’avais été patient. Je l’avais attendu, en me disant qu’elle avait peut-être d’autres choses à faire que de venir me voir. Je lui avais trouvé des excuses, une à une. Excusant son absence alors que j’avais besoin d’elle sans doute plus que jamais. A présent ? Ce serait mentir que de dire que je n’étais pas en colère contre elle. Ironiquement, penser à elle était la seule chose qui m’empêchait de perdre pieds quand ces images étranges assaillaient mon cerveau. Comme des souvenirs de choses que je n’avais pas vécues. Cette pièce blanche, cette aiguille qui traversait ma peau, mon envie d’hurler que je retenais... Quand ce n’était pas ce sentiment de vide qui me prenait à la gorge, cette petite voix qui me répétait que j’étais seul. Tout seul. Et si j’arrivais à en sortir sans hurler, c’était parce que je pensais à elle. Passant une main sur mon visage, je fixais le plafond, dont j’avais fini par retenir le moindre motif. Avec Laura, on s’était amusé à compter le nombre d’irrégularité qu’il y avait sur le crépi. Ça nous avait pris une bonne heure avant qu’on ne laisse tomber et qu’on aille faire un tour dehors. J’étais en colère contre elle mais tout dans cette chambre me rappelait un moment que j’avais partagé avec Laura. Je ne voulais pas l’appeler. Je ne voulais pas aller la voir chez elle. Je ne voulais pas perdre mon sang froid et le peu de calme qu’il me restait en lui disant ce que j’avais à lui dire.

Passer le reste de la journée et une partie de la soirée à fixer un pan de mon mur était une alternative très séduisante mais il fallait que je travaille. Vraiment. Si je ne voulais pas rater mon année, je devais absolument mettre le pied sur l’accélérateur. Autant dire que je stressais d’avance à l’idée des examens qui se pointaient. Je me redressais, repoussant une mèche de cheveux avant de tourner la tête en entendant la porte grincer. Mon coeur s’arrêta de battre en la voyant. Elle était venue. Depuis tout ce temps, c’était la première fois que je la voyais. En chair et en os. J’avais envie de laisser de côté ma colère, de faire comme si ces mois n’avaient pas existé et de la prendre dans mes bras. Mais je n’y arrivais pas. Malgré toute ma volonté, je n’y arrivais. Serrant les mâchoires et lui lançant un regard surpris, je me dressais sur mes deux jambes avant de lâcher un « Salut.» plus roid que je ne l’aurais voulu. Je voulais savoir la raison de son silence radio. Pourquoi elle avait fait la morte tout ce temps pour réapparaître la bouche en coeur et le sourire aux lèvres. Au lieu de ça, je gardais le silence, avec mes questions coincées dans ma gorge et mes mâchoires serrées. « Tu…vas bien ?»




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MessageSujet: Re: Hurricane + Albera   Mar 6 Juin - 15:35

Hurricane

Laura
&
Albert


Laura se sentait comme une intruse dans cette chambre qu’elle avait si souvent squattée. Elle avait l’impression de ne plus la reconnaitre alors que des photos d’Albert et elle ornaient les murs de la chambre du garçon. Son regard triste s’arrêta quelques instants sur les photographies. Ils avaient l’air si heureux et complice sur chacune d’elle. Ils avaient le sourire aux lèvres à leur graduation du lycée, lors d’un festival de musique, à la plage, à une fête, ce n’était pas les selfies du duo qui manquaient. Pourtant, Laura n’avait plus rien de cette fille au regard étincelant et malicieux, au sourire amusé et aux joues rouges que lui renvoyaient les images. Elle était tout le contraire et elle avait sans doute piètre allure. Ses yeux bleus étaient froids, ternes et tristes. Elle revint vers Albert qui était lui aussi plus que l’ombre de lui-même. Il avait maigri, son visage était émacié, il était pâle, ses cheveux longs, il avait une petite barbe et ses beaux yeux bruns avaient perdu de leur brillance. Le voir ainsi lui brisait le cœur. Elle savait qu’il avait souffert et qu’il avait traversé beaucoup d’épreuves et ça la rendait encore plus mal de ne pas avoir été là pour lui. Elle prenait pleinement conscience de tout ce qu’il avait vécu. Elle avait envie de lui sauter dans les bras et de lui dire qu’il lui avait manqué, mais c’était elle la fautive. Il n’avait absolument rien fait de mal. En d’autres circonstances, elle serait allée le voir tous les jours et lui aurait offert un tas de bidules pour le désennuyer. C’était donc normal qu’il ne soit pas plus heureux que cela de la voir et qu’il la salue d’une façon froide qu’elle ne lui connaissait pas. Il était en colère et elle ne pouvait pas lui en vouloir, même si elle l’avait voulu. Une larme s’échappa de son œil qu’elle essuya d’un geste rapide de la main. Elle se sentait comme une étrangère face à lui, alors que seulement cinq petits mois s’étaient écoulés. Ce n’était rien comparé aux six années que duraient leur belle amitié, non? Pourquoi tout semblait détruit alors?

Elle s’attendait à ce qu’il déversa sa rage sur elle. Elle était prête à prendre tout le blâme, mais il lui avait demandé simplement si elle allait bien. "Je…oui, ça va. " Elle mentait. Elle n’allait pas bien du tout. Elle se tuait à petits feux, mais elle ne pouvait pas lui dire. C’était lui qui était important. Sa santé à lui importait plus qu’elle. C’était lui qui avait été dans le coma plusieurs semaines et qui avaient subi des chirurgies. C’était lui qui avait été enfermé en quarantaine. C’était lui le survivant. Ses blessures internes n’étaient rien comparées à celles d’Albert. Elle tentait de rester droite et forte, même si jambes menaçaient de se dérober sous elle. Elle ne se sentait pas bien devant lui. Il l’a jugeait, la jaugeait. Il ne l’avait jamais observé ainsi. Elle se sentait comme une traitre et regrettait d’être venue. Elle avait tout gâchée et elle ne savait pas comment réparer les pots cassés, son cœur cassé. "Oh Al…" Elle s’approcha un peu de lui, mais garda une bonne distance entre eux. "Je suis tellement heureuse que tu t’en sois sorti. J’ai tout vu Al. J’étais à la mezzanine et j’ai j’ai…" Laura revoyait sans cesse la scène de son perchoir. Cette femme masquée qui s’en prenait à lui comme s’il s’agissait d’une vulgaire poupée de chiffon. Albert qui était incapable de se défendre et tous les autres qui regardaient sans faire quoi que ce soit. Les cris hystériques de Laura au-dessus d’eux n’avaient pas dérangés d’une seule miette l’assaillante. "J’ai eu si peur de te perdre." Il ne pouvait ne pas la croire, mais c’était vrai. Elle n’imaginait pas sa vie sans lui. S’il ne s’était pas retrouvé dans cette stupide quarantaine, tout serait mieux allé pour elle. Elle serait allée le voir après sa rupture avec Arthur, il lui aurait changé les idées, l’aurait calmé, l’aurait fait rire et ses trucs ne seraient pas sortis de ses mains, elle n’aurait pas commencé à s’auto-mutiler pour ressentir quelque chose et elle n’aurait pas abandonné les cours. Al était son roc, mais elle avait l’impression qu’il s’effritait chaque seconde qui passait. Elle ne savait pas quoi ajouter. La situation était désagréable, inconnue. Il n’y avait jamais eu autant de tension et d’animosité entre eux. En fait, ils ne s’étaient jamais disputés. Laura ne savait donc pas réagir en cette situation. C’était inconnu pour elle. Elle ne savait pas quoi faire ou dire pour apaiser le jeune homme. Elle avait tellement envie de le prendre dans ses bras et le sentir contre elle, comme si elle voulait une preuve que c’était bien lui. Elle voulait que ses bras l’entourent et la protègent. Albert n’était pas le plus costaud, mais il faisait les meilleurs câlins et la jeune fille se sentait toujours bien. Elle avait toutefois peur de se prendre un mur et elle ne voulait pas risquer qu’il remarque quoi que ce soit de ses blessures.



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MessageSujet: Re: Hurricane + Albera   Sam 10 Juin - 18:29


Hurricane
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Cinq mois. Cinq mois de silence. J’avais fini par me faire une raison. Si Laura n’était pas venue, c’était parce qu’elle ne voulait pas. J’aurais pu le comprendre, me montrer plus conciliant mais… C’était Laura. Ma meilleure amie. La personne, en dehors de ma soeur, qui me connaissait le mieux et qui était la mieux placée pour m’aider à garder la tête hors de l’eau alors que j’étais en train de me battre avec l’impression de perdre la boule qui me rongeait de l’intérieur. Il aurait juste fallu qu’elle soit là. En mon for intérieur, j’étais persuadé qu’il aurait juste fallu qu’elle soit là. Que sa présence m’aurait apaisé. Au lieu de ça, elle avait fait la morte. Mort d’inquiétude, j’étais persuadé qu’il lui était arrivé quelque chose, mais nos amis me certifiaient qu’elle allait bien. Ça lui aurait coûté quoi, de répondre à un message ? Un mot, un point, n’importe quoi aurait suffit. Au lieu de ça, silence radio. Alors ouais. Ouais, je lui en voulais. J’étais peut-être injuste envers elle. Après tout, elle avait peut-être une bonne raison de ne pas venir. Mais j’étais sourd à ça. Sourd aux excuses qu’elle pourrait me sortir. Je préférais me réfugier dans ma colère. Même si ce ton froid avec lequel je l’avais accueilli ne me ressemblait pas.

On se connaissait depuis six ans. On était rarement l’un sans l’autre. Al et Laura. Laura et Al. Quand elle n’était pas là, j’avais l’impression d’être incomplet. Et jamais je n’aurais pensé une seule seconde qu’elle ne viendrait pas, durant les cinq mois où je ne demandais que ça. A ma question, j’obtins un « Oui, ça va.» Mes fesses. Je le voyais bien que ça allait pas. Je la connaissais, bordel. J’avais l’impression d’avoir en face de moi la Laura qui m’avait caché qu’elle était X-23, l’artiste qui prenait les murs de Genosha pour une toile géante. La Laura qui avait passé son silence son agression. Et cette fois encore, je ne posais pas de question. Parce que j’étais tellement en colère contre elle que je m’en fichais. Mes mâchoires se serrant un peu plus alors qu’un rictus se dessina sur mon visage,  un simple « Cool. » franchit mes lèvres. C’était ça, notre relation maintenant ? Je m’en voulais de me montrer aussi froid envers elle. Mais c’était plus fort que moi. Je n’arrivais pas à contrôler mes gestes, ni mes mots. Je détestais ce Al, celui qui était animé par cette colère qui grondait en moi depuis le Pegasus.

Elle s’approcha. Je restai immobile, tout en écoutant les mots qui sortaient de sa bouche. Je fermai les yeux, revoyant la scène de mon point de vue. Du moins, ce dont je me souvenais. La folle hystérique que j’avais provoqué avec ma grande gueule. Les expressions d’Ezra et Lydia qui avaient souffert à cause de moi. Les cris de Laura qui montaient à mes oreilles alors que je me faisais tabasser comme jamais. Je sentais presque les mains de cette femme sur ma gorge à nouveau. Les souvenirs étaient encore trop vifs dans ma mémoire, même si cinq mois s’étaient écoulés depuis. Je me détournai soudain de Laura pour qu’elle ne voit pas mon expression. Je n’étais pas prêt à revivre ça. C’était encore trop frais, trop douloureux. J’avais pourtant eu toute la quarantaine pour y repenser et je pensais que j’étais préparé à ça. Encore une fois, j’avais tort. L’entendre du point de vue de Laura, en imaginant ce qu’elle avait ressenti de là où elle se trouvait était trop pour moi. Je portai une main tremblante à ma gorge pour chasser la sensation désagréable qui me venait à chaque fois que je repensais à ça. « Moi aussi. » Soufflai-je. Moi aussi, j’avais eu peur. Peur de mourir, peur de ne plus jamais les revoir, tous autant qu’ils étaient. Peur que Lydia et Ezra ne s’en sortent pas à cause de mes conneries.  Je me tournai lentement vers elle. « Je t’ai entendu… Quand tu hurlais. C’est la dernière chose que j’ai entendu avant que… Tu sais. » Avant que je sois trop hors circuit pour sentir un pan de la mezzanine s’effondrer sur moi.

Je ne savais pourquoi j’avais dit ça. Je ne savais pas ce que ces mots allaient lui faire. Une part de moi s’en fichait. Une autre s’en voulait. Et encore une autre, espérait que ça lui fasse mal. Bordel. Qu’est-ce qui ne tournait pas rond chez moi ? Pourquoi je n’étais pas capable de laisser de côté cette colère qui était en train de me bouffer ? De gâcher ces retrouvailles avec l’une des personnes les plus importantes de ma vie ? Je n’étais qu’un crétin.  Je secouai la tête. « Cinq mois, Laura. Je t’ai attendu pendant cinq mois. Où est-ce que tu étais ? » Autant crever l’abcès. J’avais besoin de savoir ce qu’elle avait fait tout ce temps. Pourquoi elle n’avait pas répondu. Pourquoi je ne l’avais pas vu. En somme, je voulais des réponses. Même si je n’étais pas prêt à les entendre. Même si ça allait m’énerver ou je ne savais quoi encore. Je voulais savoir ce qui lui était arrivé.




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